INTERVIEW : Mathilde, trésorière d’e-graine Hauts-de-France
À quoi ressemble l’éducation à la citoyenneté mondiale quand on la vit de l’intérieur ? À travers cette série de portraits, partez à la rencontre de celles et ceux qui font vivre l’ECM au quotidien. Leurs parcours singuliers, leurs engagements, leurs regards éclairent un mouvement vivant et multiple : e-graine. En mettant en lumière la diversité de ces visages, nous vous invitons à découvrir une autre façon de voir le monde, et peut-être, à prendre part à l’aventure. Aujourd’hui, nous vous présentons Mathilde Vanderrusten, trésorière d’e-graine Hauts-de-France.
Qui es-tu et quel est ton parcours ?
Je m’appelle Mathilde et je suis actuellement trésorière de l’association e-graine Hauts-de-France. Cela fait maintenant trois ans que j’occupe ce poste, et cinq ans que je suis engagée au sein de la structure, depuis sa création.
Tout a commencé lorsqu’une étude d’implantation a été réalisée par Clara, une des administratrices, qui avait rencontré e-graine au niveau national via son métier. L’association cherchait à s’implanter dans les Hauts-de-France, et c’est à cette occasion que nous nous sommes croisées. Je travaillais alors dans le domaine de la formation, et je me souviens lui avoir dit que je ne voyais pas trop de liens professionnels à l’époque, mais que si l’association devait se créer, je voulais en faire partie.
Nous avons déposé les statuts de l’association en 2020 et avons mené les premières actions bénévoles cette année-là. Puis Étienne est arrivé en tant que coordinateur en 2021, suivi par d’autres salariés et je suis devenue trésorière.
Est-ce que tu avais déjà une expérience dans l’associatif ? Avais-tu déjà eu ce rôle dans une autre asso ?
Pas du tout. C’est la première fois que je m’engage dans une association à ce point. Ce n’était pas prévu. C’est la rencontre avec le projet d’e-graine qui m’a entraînée. Il y avait en moi une envie d’engagement, de consacrer du temps, mais je ne savais pas comment m’y prendre. Quand j’ai découvert e-graine, ça a été un coup de foudre. Je me suis dit : « C’est ici que je veux être. »
As-tu eu un déclic ou un changement radical ?
Je ne crois pas trop aux changements radicaux. Je pense qu’il y a toujours des petites choses, parfois inconscientes, qui nous orientent. Ce n’était pas étranger à mon parcours professionnel non plus : j’ai travaillé dans le service public, dans la formation, où il est aussi question de transmission, de déconstruction, de pédagogie.
Là où je vis et travaille, les enjeux liés aux migrations sont très présents. La capacité d’accueil, ou l’absence de celle-ci, m’interpelle. Chez e-graine, j’ai retrouvé cette volonté de rendre les choses compréhensibles, de donner accès à la complexité du monde. Pour moi, l’inégalité d’accès aux savoirs est intolérable. Pourquoi certains auraient les moyens de comprendre, et d’autres pas ? L’accès aux savoirs n’est pas LE but en soi, mais c’est une condition essentielle pour avoir la capacité de faire ses choix, et d’exercer sa citoyenneté, de comprendre son rapport au monde et aux autres. C’est une des clefs des émotions.
Ce fil conducteur m’accompagne depuis longtemps et explique mon attachement profond à e-graine.
Peux-tu nous parler d’un projet que tu as pu réaliser ou auquel tu as participé ?
L’exposition LISA créée par e-graine Hauts-de-France m’a particulièrement marquée. Elle déconstruit les préjugés, elle est esthétique, accessible, engagée. Tout ce que j’aime dans l’éducation populaire s’y retrouve : la transmission, la citoyenneté, la compréhension du monde.
Avant l’arrivée des salariés, nous avons aussi animé des ateliers en tant que bénévoles : des animations sur le parcours d’un téléphone, d’un jean… C’était très intéressant, mais l’expo LISA m’a apporté quelque chose de plus fort. Elle aborde le rapport à l’autre, les trajectoires, les parcours de vie, avec une grande intelligence pédagogique.
Quelle initiative ou action menée au sein d’e-graine te rend particulièrement fière ?
Ce qui me rend fière, ce n’est pas une action en particulier, mais l’équipe salariée. Leur ingéniosité, leur implication, leur capacité à viser juste me bluffent. Je suis toujours impressionnée par leur travail, leur délicatesse, leur courage aussi. Ils abordent des sujets difficiles, comme les masculinités, avant que les collectivités n’osent le faire. Ils sont à l’avant-garde, à l’écoute du monde, et c’est une vraie force.
Après plus de 5 ans d’engagement, quel regard portes-tu sur l’évolution du projet ?
Il y a encore beaucoup à faire. Ce qui me paraissait évident il y a cinq ans me semble aujourd’hui bien plus complexe. On avance, mais c’est difficile. Le projet vise juste, mais il est semé d’embûches. Je ne m’attendais pas à autant de défis. Tenir les valeurs d’e-graine n’est pas facile. Il faut s’accrocher.
Au début, il y avait l’élan de la nouveauté. On bénéficiait de l’accueil curieux, positif. Mais avec le temps, j’ai perçu un changement profond : l’évolution des rapports entre l’État, les collectivités locales et le monde associatif, en particulier l’éducation populaire. Ce repositionnement de l’action publique complique les choses. J’en avais pas conscience il y a cinq ans. Aujourd’hui, je le ressens très fortement.
Quels sont les enjeux actuels autour du projet éducatif et les problématiques auxquelles il va se confronter ?
L’un des grands défis, c’est de faire comprendre ce qu’est l’éducation populaire. J’ai l’impression que cette notion est de moins en moins claire, surtout pour les jeunes générations. Le sens de « éducation » et « populaire » accolés s’efface. Il faut rappeler les enjeux d’émancipation, de droit d’accès à la connaissance.
Et puis il y a le défi du numérique. Il transforme tout. Il amplifie les discours émotionnels, les simplismes, les démagogies. Il rend plus difficile l’expression de la raison. Les réseaux sociaux nous poussent à la vigilance. Ils participent à la mise à distance, à une forme de déconnexion physique, sociale.
Est-ce que tu dirais que la transition vers le numérique est la principale problématique ?
Oui, en partie. C’est un des éléments majeurs qui vient percuter le monde de l’éducation. Le numérique crée de la distance, alors qu’on a besoin de lien. On est en contact avec des inconnus, mais on a peur de croiser quelqu’un dans la rue. Cette déconnexion est un vrai choc pour l’éducation populaire, qui repose sur la présence, l’échange réel. Les gens sont plus méfiants. Mais le monde n’allait pas mieux avant pour autant. Le numérique apporte un accès à la connaissance et permet aussi la découverte des autres à une échelle plus large.
Est-ce que tu le perçois comme une peur des autres ?
Je ne sais pas si c’est une peur, mais il y a une réelle mutation. Les réseaux sociaux amplifient les replis. Les rencontres se font par affinité, pas par hasard. Avant, il y avait les copains du quartier, de l’école, du club. Aujourd’hui, même ces espaces se raréfient. On a perdu les terrains vagues, ces espaces libres où tout était possible. Pour moi, c’était des lieux d’imagination. C’est ce que j’aime chez e-graine : cette capacité à faire naître du rêve, à autoriser les possibles.
Est-ce qu’il manque aujourd’hui de place pour l’imagination, pour la création d’espaces vides ?
Peut-être. Il y a encore des mouvements marginaux comme l’urbex, qui explorent des friches. Avant, c’était notre environnement. On ne cherchait pas à fuir ou à se cacher, c’était juste là. Ces espaces ont disparu ou sont devenus invisibles. Et pourtant, ils étaient essentiels pour créer, rêver, inventer.
Et si e-graine était une musique ?
Ce serait de la trip-hop. Un univers hybride, inventif, né dans les quartiers populaires d’Angleterre. Des artistes comme Tricky, Olive, Massive Attack. C’est un style métissé, créatif, parfois brumeux mais profond. Il laisse place à l’expérimentation, à la revendication douce. C’est politique sans être frontal, c’est poétique, à la marge d’un modèle libéral encore trop guidé par les enjeux de pouvoir et de domination, comme e-graine.
Un grand merci à Mathilde pour son témoignage, sa douceur et son engagement !
Articles récents
OFFRE D’EMPLOI (75) : Gestionnaire administratif et financier
[dipl_breadcrumb nav_bg_color="#9E0C57" enable_different_bg="on" nav_last_item_bg_color="#ADC46C" use_home_link_custom_text="on" home_link_text="Accueil" _builder_version="4.24.2" _module_preset="default" global_text_settings_text_align="left"...
OFFRE D’EMPLOI (33) : Responsable administratif et financier
[dipl_breadcrumb nav_bg_color="#9E0C57" enable_different_bg="on" nav_last_item_bg_color="#ADC46C" use_home_link_custom_text="on" home_link_text="Accueil" _builder_version="4.24.2" _module_preset="default" global_text_settings_text_align="left"...
Appel d’offres – Prestation de graphisme
[dipl_breadcrumb nav_bg_color="#9E0C57" enable_different_bg="on" nav_last_item_bg_color="#ADC46C" use_home_link_custom_text="on" home_link_text="Accueil" _builder_version="4.24.2" _module_preset="default" global_text_settings_text_align="left"...
OFFRE D’EMPLOI (33) : Directeur·rice du développement
[dipl_breadcrumb nav_bg_color="#9E0C57" enable_different_bg="on" nav_last_item_bg_color="#ADC46C" use_home_link_custom_text="on" home_link_text="Accueil" _builder_version="4.24.2" _module_preset="default" global_text_settings_text_align="left"...
OFFRE D’EMPLOI (33) : Directeur·rice des territoires
[dipl_breadcrumb nav_bg_color="#9E0C57" enable_different_bg="on" nav_last_item_bg_color="#ADC46C" use_home_link_custom_text="on" home_link_text="Accueil" _builder_version="4.24.2" _module_preset="default" global_text_settings_text_align="left"...
