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Accompagner vers les métiers
de la transition écologique

D’un côté, un chômage des jeunes qui ne recule pas. De l’autre, une transition écologique génératrice d’opportunités professionnelles massives. Les deux réalités coexistent sans se rencontrer, et l’accompagnement vers les métiers de la transition écologique consiste précisément à réduire cet écart.

Les ordres de grandeur donnent la mesure du paradoxe. Selon les données de l’INSEE (2021), la France compte environ 1,4 million de jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation, dont un tiers issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Par ailleurs, les projections sur l’emploi indiquent que la transition écologique pourrait générer plus d’un million d’emplois d’ici 2030 (France Stratégie, DARES, 2022). Pourtant, l’accès à ces métiers reste aujourd’hui très limité pour les jeunes des quartiers prioritaires.

Ces données sont des projections et des estimations datées. Pour les chiffres à jour, les publications de l’ADEME, de la DARES et de l’Insee font référence.

Métiers verts, métiers verdissants : de quoi parle-t-on ?

La distinction est posée par le Commissariat général au développement durable, et elle est utile parce qu’elle change complètement l’ampleur du sujet.

Les métiers verts sont des professions dont la finalité et les compétences mises en œuvre contribuent à mesurer, prévenir, maîtriser et corriger les impacts négatifs sur l’environnement. Ils regroupent les métiers de l’assainissement et du traitement des déchets, du traitement de la pollution, de la production et de la distribution d’énergie et d’eau, et de la protection de la nature.

Les métiers verdissants sont des professions dont la finalité n’est pas environnementale, mais qui intègrent de nouvelles briques de compétences pour prendre en compte de façon significative la dimension environnementale dans le geste métier. Ils sont beaucoup plus variés : agriculture et sylviculture, entretien des espaces verts, industrie, tourisme, animation, recherche, achats.

L’écart d’ordre de grandeur est considérable. Les données rassemblées par le ministère (2019) situent les métiers verts autour de 143 000 personnes, soit environ 0,5 % de l’emploi total, et les métiers verdissants autour de 3,8 millions de personnes, soit environ 14 % de l’emploi total.

Autrement dit, la transition écologique crée quelques nouveaux métiers, mais elle transforme surtout des métiers existants. L’ouvrier automobile qui se forme à la maintenance des véhicules électriques, l’architecte qui se perfectionne sur les normes environnementales, le concepteur d’éco-emballages : ce sont eux, majoritairement, les emplois de la transition. C’est une bonne nouvelle pour l’orientation, parce que cela élargit considérablement le champ des possibles.

Pourquoi ces métiers restent hors de portée pour une partie des jeunes

Le point de départ mérite d’être posé sans détour : le problème n’est pas un manque de capacités. Les jeunes éloignés de l’emploi disposent de ressources, de compétences et de potentiels réels, mais se heurtent à des obstacles structurels. Ils manquent avant tout d’accès à l’information, de représentations positives des métiers de la transition écologique et d’opportunités concrètes de rencontre avec des professionnels accessibles et bienveillants.

Les freins identifiés se cumulent. Les métiers de la transition sont encore trop souvent perçus comme techniques, élitistes ou éloignés géographiquement. L’absence de figures identificatoires dans les quartiers renforce ces représentations : il est difficile de se projeter dans un métier que personne autour de soi n’exerce. À cela s’ajoutent une méconnaissance des parcours de formation, un accès limité aux réseaux professionnels et un sentiment d’illégitimité vis-à-vis de certains secteurs.

À ces freins individuels s’ajoutent des défis de cohésion territoriale : la fragmentation des acteurs, associations, entreprises, missions locales et collectivités, l’absence de coordination autour d’objectifs partagés, et le cloisonnement des dispositifs d’accompagnement qui peinent à produire des effets durables à l’échelle d’un territoire. La demande politique est forte, comme en témoigne la multiplication des appels à projets « emploi, écologie, jeunesse », mais les réponses restent éclatées.

Vert l’Emploi : un parcours pédagogique en quatre temps

Le dispositif a été conçu et expérimenté par e-graine Île-de-France à partir de 2017, sur le territoire francilien. Son originalité tient à son triple positionnement : il est simultanément un programme de sensibilisation à l’écologie, un levier d’orientation professionnelle et un outil de coopération territoriale.

Démystifier et éveiller l’intérêt

La première phase vise à lever les stéréotypes et à rendre ces métiers concrets. Elle s’adresse largement aux jeunes de 16 à 25 ans, notamment ceux éloignés de l’emploi. Ateliers interactifs de découverte de deux à trois heures, avec supports visuels, quiz, témoignages vidéo et exercices collaboratifs pour explorer la diversité des emplois liés à la transition, des énergies renouvelables au bâtiment durable, de l’eau à la biodiversité et à l’économie circulaire. Escape games pédagogiques conçus avec les professionnels et les jeunes eux-mêmes. Parcours de sensibilisation aux enjeux climatiques articulés avec les opportunités locales d’emploi. Et accompagnement de projets citoyens portés par les jeunes eux-mêmes.

C’est le premier contact du dispositif avec ses publics, et son succès conditionne tout le reste.

Permettre une immersion concrète

La deuxième phase organise la rencontre avec le monde professionnel. Rencontres avec des professionnels sous forme de tables rondes et de panels, en privilégiant délibérément des profils accessibles et des parcours non linéaires, représentatifs des réalités des publics concernés. Visites de structures employeuses d’une demi-journée ou d’une journée. Stages courts et chantiers pratiques permettant d’expérimenter les gestes d’un métier. Formations courtes à la mobilité durable, entretien de vélos, conduite écologique.

C’est la phase qui demande le plus au réseau partenarial, et c’est celle qui fait basculer l’intérêt en projet.

Faciliter l’accès à l’emploi

La troisième phase crée des ponts directs entre l’offre et la demande. Job datings thématiques, ateliers de rédaction de CV et de lettres adaptés aux métiers verts, simulations d’entretiens, forums emploi-formation, rencontres employeurs ouvertes aux familles et aux acteurs locaux.

Un exemple documenté : dans le 19e arrondissement de Paris, deux job datings ont réuni 253 participants et 18 structures employeuses, avec un taux élevé de dépôt de candidatures.

Créer une dynamique coopérative autonome

La quatrième phase est celle qui distingue le dispositif d’un simple programme d’insertion. Elle consiste à former les acteurs du territoire à la méthodologie, à produire un kit d’essaimage transférable, à mettre en place un suivi-évaluation, et à animer des comités de pilotage réunissant tous les acteurs impliqués.

C’est là qu’e-graine opère un glissement de posture assumé : de prestataire d’animation à facilitateur de coopération territoriale autonome. L’objectif n’est pas de rester, il est de rendre le territoire capable de continuer.

Le positionnement d’e-graine :
ouvrir les possibles, pas insérer à la place

Ce point doit être formulé avec précision, parce qu’il détermine la façon de travailler avec les partenaires.

Le dispositif ne prétend pas insérer les jeunes au sens d’une prise en charge sociale. Il crée les conditions d’une prise de conscience, d’une mise en lien et d’un accompagnement vers l’autonomie professionnelle. L’insertion elle-même relève des missions locales, de France Travail, des structures d’insertion et des employeurs, avec lesquels le dispositif travaille en lien étroit.

Cette posture rejoint celle qui traverse toutes les animations e-graine. L’animateur·rice crée d’abord un cadre où chacun·e a sa place, sans rapport de force, puis ouvre un espace où l’on peut se projeter, hésiter, poser une question naïve sur un métier sans craindre le jugement. C’est précisément ce qui manque à des jeunes qui ont intériorisé qu’un secteur n’était pas pour eux.

Découvrir les métiers de la transition dans son quartier

Un grand dispositif n’est pas toujours nécessaire. La découverte des métiers peut aussi naître d’un projet de quartier déjà installé.

Aux Aubiers à Bordeaux, dans le cadre du projet Mon Quartier Circulaire, e-graine Nouvelle-Aquitaine a organisé un rallye des métiers de la transition en collaboration avec France Travail, ainsi que deux ateliers de sensibilisation aux métiers de la transition et de l’ESS. Le projet portait d’abord sur les déchets et le cadre de vie ; l’ouverture sur les métiers de l’économie circulaire en est venue naturellement, parce que le sujet était déjà partagé avec les habitant·es.

Cette logique est détaillée sur notre page consacrée à la façon d’accompagner les habitants d’un quartier sur les déchets.

Questions fréquentes sur les métiers de la transition écologique

Quelle est la différence entre un métier vert et un métier verdissant ?

Un métier vert a une finalité directement environnementale : traitement des déchets, dépollution, production d’énergie, protection de la nature. Un métier verdissant n’a pas de finalité environnementale mais intègre de nouvelles compétences liées à l’environnement dans son exercice. Les seconds sont bien plus nombreux que les premiers.

Faut-il un diplôme élevé pour travailler dans la transition écologique ?

Non. Les données rassemblées montrent que les métiers verts et verdissants comptent une proportion de titulaires de CAP ou de BEP supérieure à la moyenne des professions, en raison du nombre d’ouvriers dans les secteurs concernés. Les métiers manuels y ont une place importante, aux côtés de profils très qualifiés dans l’ingénierie, la recherche ou le conseil.

Quels secteurs recrutent le plus dans la transition écologique ?

https://dares.travail-emploi.gouv.fr/Les sources publiques citent régulièrement la rénovation et l’isolation des logements, la production d’énergie renouvelable, l’agriculture écologique, les transports et la mobilité. Il faut noter que la transition entraîne aussi des destructions d’emplois dans d’autres secteurs : les projections évoquent un solde positif, pas une création nette sans contrepartie. Consultez l’ADEME et la DARES pour les données actualisées.

Comment faire découvrir ces métiers à des jeunes qui n'y pensent pas ?

En commençant par les représentations plutôt que par l’information. Ateliers de découverte, escape games, rencontres avec des professionnels aux parcours non linéaires, visites de structures : l’objectif de cette première étape est de rendre le métier imaginable. L’orientation vient après, une fois que le sentiment d’illégitimité est levé.

Aller plus loin

Relier l’écologie et l’emploi, c’est refuser deux discours également stériles : celui qui présente la transition comme une menace pour les emplois, et celui qui promet des embauches sans se demander qui y accède. L’éducation populaire travaille l’espace entre les deux, dans le cadre plus large de l’éducation populaire et de la transition écologique. Pour l’échelle territoriale, voyez comment mobiliser un territoire autour de la transition ; pour le champ économique, notre page sur l’économie sociale et solidaire ; et pour la méthode d’accompagnement de projets, celle sur la façon d’accompagner un projet porté par des jeunes.

Missions locales, collectivités, entreprises et financeurs : parlons du déploiement d’un parcours sur votre territoire.