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Éducation populaire et migrations :
comprendre pour agir

Les migrations façonnent nos sociétés depuis toujours. Elles traversent nos histoires familiales, nos villes, nos langues et nos assiettes. Pourtant, le débat public en donne une lecture appauvrie, faite de chiffres brandis et de peurs entretenues. L’éducation aux migrations propose autre chose : des espaces où l’on peut comprendre, questionner et dialoguer, avant de décider quoi en faire. C’est ce que porte e-graine, mouvement d’éducation populaire à la citoyenneté mondiale, à travers son programme Un Univers Citoyen. Cette page présente notre approche et ouvre sur l’ensemble de nos ressources sur le sujet.

Qu’est-ce que l’éducation aux migrations ?

L’éducation aux migrations est une démarche éducative qui crée des espaces pour partager ses expériences, réfléchir, se questionner à nouveau, et ainsi déconstruire ses croyances et ses projections. Elle ne délivre pas un discours à retenir. Elle donne les moyens de se forger un avis et, pour celles et ceux qui le souhaitent, d’agir.

Elle repose chez nous sur trois fondations. L’éducation populaire comme méthode, transformatrice et politique, qui accompagne l’engagement et le passage à l’action. L’éducation à la citoyenneté mondiale comme cadre, pour saisir la complexité des enjeux et maintenir vivant le lien entre le local et le global. Et une thématique propre, celle des migrations, abordée depuis une perspective située et antiraciste.

Elle permet enfin de relier les migrations à d’autres enjeux qui les traversent : l’histoire et la mémoire, les politiques migratoires, le racisme et la xénophobie, le genre, l’interculturalité, la transition écologique. Aucun de ces fils ne se comprend isolément.

Pour approfondir cette démarche, ses enjeux et sa mise en œuvre concrète, découvrez notre page dédiée à l’éducation aux migrations, ses enjeux et sa démarche.

Pourquoi parler des migrations aujourd’hui ?

Parce que les migrations sont une réalité humaine, historique, sociale, culturelle, économique et politique, et non un événement récent. Elles se vivent depuis, vers et à l’intérieur même des territoires. Loin d’être une crise, elles sont un phénomène ancien et universel, et l’expression d’un droit fondamental, celui de circuler et de s’installer, reconnu par l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Parce qu’il existe un écart considérable entre ce que produit la recherche et ce qui atteint le débat public. Ce vide se remplit de représentations partielles ou erronées, largement relayées et amplifiées. Les amalgames s’installent, et avec eux les stéréotypes, les peurs et les idées préconçues sur les personnes migrantes ou perçues comme étrangères.

Parce que les effets sont concrets et durables. Ces personnes se retrouvent tenues pour responsables de difficultés sociales bien plus larges, ce qui alimente leur rejet. Et parce que ces mécanismes touchent aussi celles et ceux qui portent un bagage migratoire sans avoir jamais migré.

Ce qui est en crise, ce ne sont pas les migrations. Ce sont nos manières de les comprendre et d’y répondre, et notre capacité à faire vivre les solidarités. C’est précisément là qu’un travail éducatif a sa place.

Un Univers Citoyen, le programme d’éducation aux migrations d’e-graine

Un Univers Citoyen est le programme d’éducation aux migrations imaginé et porté par le mouvement e-graine depuis 2018, déployé sur le terrain depuis 2019. Il s’appuie sur une démarche de coopération entre des acteurs engagés autour des migrations, de la lutte contre le racisme et de l’éducation à la citoyenneté mondiale.

Il poursuit trois objectifs de transformation. Accompagner la transformation des représentations, individuelles et collectives, en développant l’esprit critique et en donnant une place à la parole des personnes concernées. Favoriser les rencontres et le dialogue, en créant des espaces où l’échange devient possible, y compris sur des sujets clivants. Promouvoir et contribuer à des pratiques et à des politiques plus justes, en donnant les moyens d’agir pour devenir, à son tour, acteur ou allié dans la lutte contre les discriminations.

La démarche a été reconnue au-delà de nos frontières : le programme a reçu en 2020 deux prix européens pour sa dimension innovante, le Global Education Ideas Award et le prix Bridge 47.

Avant de dire comment nous travaillons, il nous faut dire d’où nous parlons, car la place depuis laquelle on s’exprime n’est jamais neutre. Les personnes qui font vivre ce programme ont des rapports divers aux migrations : certaines les ont vécues, d’autres ont des ascendant·es d’origine étrangère, d’autres ont noué des liens personnels ou professionnels avec des personnes migrantes, d’autres encore n’en ont pas connu. C’est depuis cette pluralité de vécus que nous parlons.

Notre approche : incarner, complexifier, ouvrir le dialogue

Notre pédagogie est active : on apprend en faisant, en échangeant, en se confrontant. Les dispositifs prennent des formes variées, ateliers et parcours, expositions immersives, mallettes pédagogiques, formations, pensés pour aborder les migrations sous des angles différents selon le public et le contexte.

Nous articulons systématiquement deux types de savoirs. Les savoirs expérientiels, issus du vécu et du terrain, reconnus pleinement. Et les savoirs académiques, issus de la recherche. Les deux sont nécessaires pour saisir les migrations dans toute leur complexité, et l’un ne vaut pas moins que l’autre.

Nous partons toujours de là où en sont réellement les publics. Le cycle de l’engagement n’est pas un escalier que l’on gravirait une fois pour toutes : c’est un processus dynamique. Selon le sujet, une même personne peut être encore peu informée, déjà sensible, ou franchement motrice, et elle peut évoluer dans un sens comme dans l’autre au fil de sa vie. Nous accompagnons vers l’étape suivante, au rythme de chacun.

Nous assumons enfin un rôle éducatif, et seulement celui-là. L’alerte, le plaidoyer, les recours juridiques et l’accueil de terrain sont indispensables, et d’autres acteurs les portent. Notre part du travail consiste à travailler les représentations, les récits, les imaginaires et les cadres de compréhension. Cette exigence commence envers nous-mêmes : nous ne sommes ni des expertes et experts, ni des éducatrices et éducateurs parfaits, et nous remettons nos pratiques en question en continu.

Explorer l’éducation aux migrations : nos ressources

Chaque page ci-dessous approfondit une dimension du sujet, avec des exemples de terrain et des repères mobilisables.

Pourquoi éduquer aux migrations, avec quelle posture et selon quelle progression ? La page consacrée à l’éducation aux migrations, ses enjeux et sa démarche présente les trois objectifs du programme, la posture attendue de l’animatrice ou de l’animateur, et ce que produit concrètement un parcours.

Comment un atelier fait-il bouger un préjugé ? Nos ateliers interculturels et notre travail sur les préjugés détaillent le mécanisme qui va du stéréotype à la discrimination, le déroulé d’un atelier et les projets qui en découlent, du théâtre à la revue culinaire.

Quel lien entre migrations et développement ? La page migrations et solidarité internationale déconstruit le raccourci selon lequel aider au développement réduirait les départs, et présente notre place dans les instances de coopération internationale.

Quels supports mobiliser en classe ? Nos outils pédagogiques sur les migrations pour les scolaires présentent les expositions NOUS d’ailleurs et LISA, la mallette Questions de Migrations et les parcours menés en établissement.

Que répondre à une idée reçue ? La page pour déconstruire les idées reçues sur l’immigration explique pourquoi ces idées circulent, où trouver des données fiables, et comment engager un échange qui ne tourne pas à l’affrontement.

Comment aborder le sujet avec des enfants ou des adolescents ? La page parler des migrations avec les jeunes donne des repères par âge et une posture d’adulte qui tient dans la durée.

Comment interroger ses propres cadres de pensée ? L’approche décoloniale explore les ethnocentrismes, la culture hégémonique et les biais coloniaux qui traversent nos pratiques d’animation.

Quel lien entre climat et mobilités ? La page sur les migrations environnementales clarifie un vocabulaire flou, expose le vide juridique persistant et présente le Tribunal des Migrations Environnementales.

Et pourquoi les femmes restent-elles invisibles alors qu’elles représentent près de la moitié des migrations ? La page femmes migrantes, une majorité invisible rend compte de cette réalité et de l’exposition LISA.

Agir avec e-graine sur votre territoire

Nos actions se déploient partout en France, portées par les associations régionales du mouvement, en établissement scolaire, en centre social, en structure d’insertion, en collectivité, en entreprise ou dans l’espace public.

Nous assumons aussi un rôle d’intermédiation, pour créer des passerelles entre des mondes qui se parlent trop peu : institutions, associations, collectivités, acteurs éducatifs, citoyennes et citoyens. C’est en articulant nos actions à celles des autres que nous avançons, par la co-construction et la coopération, du local à l’Europe. Nos projets européens, menés avec des partenaires en Espagne, en Italie, en Grèce, au Luxembourg, en Belgique et en Macédoine du Nord, prolongent cette conviction.

Pour comprendre le cadre plus large dans lequel s’inscrit ce travail, découvrez ce qu’est l’éducation populaire.

Questions fréquentes sur l’éducation aux migrations

Qu'est-ce que l'éducation aux migrations ?

C’est une démarche éducative qui crée des espaces pour comprendre les migrations dans leur complexité, déconstruire ses représentations et ouvrir le dialogue. Elle articule l’éducation populaire comme méthode, l’éducation à la citoyenneté mondiale comme cadre, et une approche située et antiraciste des migrations.

Qui peut bénéficier d'une action d'éducation aux migrations ?

Tout le monde. Élèves et étudiants, habitants d’un quartier, bénévoles, professionnels de l’éducation ou du social, agents de collectivités, salariés d’entreprise. Les formats s’adaptent au public, au contexte et au temps disponible.

Quelle différence entre éducation aux migrations et action humanitaire ?

L’action humanitaire, l’accueil de terrain, l’accompagnement juridique et le plaidoyer répondent à des besoins immédiats et défendent des droits. L’éducation aux migrations agit sur les représentations, les récits et les cadres de compréhension. Les deux sont nécessaires et complémentaires.

Comment faire intervenir e-graine sur les migrations dans ma structure ?

En prenant contact avec l’association e-graine de votre région. Le contenu se construit avec vous à partir de votre public, de vos objectifs et du temps disponible, qu’il s’agisse d’un atelier ponctuel, d’un parcours sur l’année ou de l’accueil d’une exposition.

Transformons l’envie d’agir en pouvoir d’agir

Les inégalités et les préjugés ne sont pas une fatalité : ils se construisent, et ils peuvent donc se déconstruire. C’est en bâtissant des sociétés plus justes, plus coopératives et plus dignes pour toutes et tous que nous façonnons un monde plus apaisé.

Si vous êtes citoyen·ne, enseignant·e, animateur·rice ou simplement curieux·se du sujet, participez à un atelier, visitez une exposition, formez-vous, ou devenez relais autour de vous. Si vous représentez une collectivité, un établissement, une fondation ou une association, construisons ensemble un projet ancré dans votre territoire. Il y a autant de manières d’agir que de personnes pour le faire.