Ateliers interculturels et lutte contre les préjugés
On croit souvent qu’il suffit de se rencontrer pour que les préjugés tombent. L’expérience du terrain dit autre chose : sans cadre, la rencontre peut tout aussi bien confirmer ce que l’on pensait déjà. C’est tout l’intérêt d’un atelier interculturel. Ce n’est pas un moment de convivialité entre cultures, c’est un espace construit pour regarder ses propres préjugés en face, comprendre d’où ils viennent, et apprendre à dialoguer autrement. Chez e-graine, ces ateliers sont l’un des formats les plus utilisés du programme d’éducation aux migrations Un Univers Citoyen.
Qu’est-ce qu’un atelier interculturel ?
L’interculturel désigne une interaction entre deux identités qui se donnent mutuellement un sens. La formulation compte : il y a deux acteurs en présence, et non un seul, la personne migrante ou étrangère. L’accent porte sur le rapport entre soi et l’autre, et sur ce que l’autre nous renvoie de ce que nous sommes.
Un atelier interculturel travaille donc dans les deux sens. Il n’explique pas une culture à un public, il met chacun en situation de repérer ses propres cadres. C’est moins confortable, et bien plus efficace.
Stéréotype, préjugé, discrimination : comprendre l’enchaînement
Trois mots que l’on confond souvent, et qui ne désignent pas la même chose.
Le stéréotype est une généralisation simpliste, appliquée de manière rigide à tous les membres d’un groupe en raison même de cette appartenance. Il est accepté sans réflexion et répété. C’est une image.
Le préjugé y ajoute une émotion. C’est un jugement, positif ou négatif, formulé par anticipation, sans expérience préalable. Il s’apprend au cours de la socialisation, souvent sans que nous l’ayons choisi.
La discrimination est le passage à l’acte. C’est le fait de traiter moins favorablement des personnes placées dans une situation comparable, en raison de leur appartenance réelle ou supposée à un groupe. En France, le Code pénal reconnaît vingt-six critères de discrimination, dont l’origine, le sexe, l’âge, le handicap, la religion ou l’apparence physique.
L’enchaînement est presque toujours le même : on catégorise, la catégorie produit une image, l’image charrie une émotion, l’émotion oriente un comportement. Repérer ce mécanisme, c’est déjà pouvoir l’interrompre.
Comment se déroule un atelier interculturel chez e-graine
Poser le cadre avant de poser le sujet
Un atelier commence toujours par le cadre. Sont bienvenues toutes les langues, toutes les manières d’apprendre, tous les âges, toutes les émotions, les personnes timides comme celles qui prennent facilement la parole. Nous rappelons aussi ce que l’atelier n’est pas : un espace pédagogique, oui, un espace thérapeutique, non. Cette clarté protège tout le monde et rend possible ce qui vient ensuite.
Prendre conscience de ses filtres
Notre cerveau filtre la réalité avant de l’intégrer. Trois familles de filtres se combinent : neurologiques, sociologiques et personnels. Pour le faire éprouver plutôt que l’expliquer, nous utilisons un exercice simple. Un récit est lu au groupe, une histoire d’infidélité, de rivière à traverser et de personnages qui refusent leur aide. Chacun classe les personnages du plus au moins responsable de la mort du protagoniste. Puis la même histoire est relue, avec les genres inversés. Les classements bougent. Personne ne l’avait décidé.
Définir la culture sans la figer
La culture concerne le savoir, les traditions, les valeurs, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes et les modes de vie d’un groupe de personnes. Deux précisions changent tout. D’abord, la culture n’est ni figée ni intouchable : elle évolue, parce que ce sont les êtres humains qui la construisent, par leurs idées, leurs lois et leurs choix quotidiens. Ensuite, les cultures d’une personne ne tiennent pas seulement à sa nationalité. Le milieu professionnel, le milieu social, la religion, le genre, la génération ou l’école façonnent tout autant.
Vivre l’incompréhension pour la comprendre
Le jeu du Barnga est l’un de nos outils préférés. Les participant·es jouent aux cartes en petits groupes, chacun ayant lu des règles légèrement différentes sans le savoir, puis changent de table en silence. L’incompréhension arrive vite, et avec elle l’agacement, la certitude d’avoir raison, la tentation d’imposer sa règle. C’est exactement ce que produit une situation interculturelle mal accompagnée. Le débriefing fait le reste.
Repérer ses postulats implicites
Dernier temps, souvent le plus troublant. Nous présentons deux portraits que tout oppose, y compris politiquement. L’un déclare être pour l’accueil des personnes migrantes au nom d’une responsabilité éthique, l’autre pour la fermeture des frontières. Puis nous posons la question : qu’ont-ils en commun ? Réponse : la même représentation implicite des personnes migrantes comme miséreuses et sans ressources. La bienveillance aussi peut reposer sur un préjugé.
Des ateliers aux projets : quand la rencontre devient création
L’atelier n’est pas une fin en soi. Dans plusieurs régions, il ouvre sur des projets plus longs, où la rencontre produit quelque chose ensemble.
En Grand Est, le projet Voirloup part d’une légende rurale du territoire. Pendant une semaine de résidence, des jeunes du territoire et des jeunes primo-arrivants se l’approprient à travers le théâtre et la danse. La légende locale devient interculturelle. Personne n’a eu besoin d’un débat sur l’intégration pour comprendre ce qui se jouait.
Toujours en Grand Est, Melting Popote a connu deux éditions. En 2022, douze personnes réfugiées et demandeuses d’emploi ont amélioré leur français en allant à la rencontre de producteurs locaux et en rédigeant une revue culinaire interculturelle. En 2023, onze personnes ont suivi un parcours similaire, cette fois jusqu’au podcast, en partenariat avec Pôle Emploi. La cuisine comme porte d’entrée, la langue comme bénéfice, la rencontre comme méthode.
Ce que change réellement un atelier interculturel
Soyons honnêtes : un atelier ne fait pas disparaître les préjugés. Ils sont intériorisés depuis l’enfance et se reconstituent vite. Ce qu’un atelier déplace, c’est autre chose, et c’est plus durable.
On en sort en sachant repérer ses propres filtres. On accepte un peu mieux la complexité, là où l’on cherchait une réponse simple. Et surtout, on change sa manière d’entrer en relation et de dialoguer, y compris avec des personnes qui ne pensent pas comme nous. C’est ce déplacement-là qui, ensuite, rend possible l’action, dans son entourage, sa structure et son quartier.
Pour aller plus loin sur les arguments factuels, consultez notre page pour déconstruire les idées reçues sur l’immigration. Pour comprendre la démarche éducative dans son ensemble, découvrez l’éducation aux migrations, ses enjeux et sa démarche. Et pour interroger les biais présents dans nos propres pratiques d’animation, explorez l’approche décoloniale.
Questions fréquentes sur les ateliers interculturels
Qu'est-ce qu'un atelier interculturel ?
C’est un temps d’animation conçu pour faire prendre conscience de ses représentations et améliorer la communication entre personnes de cultures différentes. Il travaille le rapport entre soi et l’autre, et non la découverte d’une culture par une autre.
Quelle différence entre stéréotype, préjugé et discrimination ?
Le stéréotype est une image toute faite appliquée à un groupe. Le préjugé ajoute une émotion et un jugement anticipé. La discrimination est le comportement qui en découle, c’est-à-dire un traitement défavorable, sanctionné par la loi selon vingt-six critères en France.
Un atelier interculturel fait-il vraiment tomber les préjugés ?
Il ne les efface pas, et personne ne devrait le promettre. Il permet de les identifier, de comprendre leur mécanisme et de choisir comment y répondre. C’est cette prise de conscience qui rend possible un changement durable de posture.
Comment organiser un atelier interculturel dans ma structure ?
En partant de votre contexte réel : le public, ce qui a déjà été travaillé, le temps disponible. Les équipes régionales d’e-graine construisent l’atelier avec vous, en établissement scolaire, en centre social, en collectivité ou en structure d’insertion.
Ouvrons l’espace du dialogue
Un atelier interculturel, c’est quelques heures qui changent la manière dont on écoute ensuite. Participez à un atelier près de chez vous ou formez-vous à l’animation interculturelle. Si vous représentez une collectivité, un établissement ou une association, construisons ensemble un atelier ou un parcours adapté à votre public. Pour situer cette action dans notre démarche globale, découvrez notre page éducation populaire et migrations.
