L’économie sociale et solidaire :
définition et principes
Le mot économie vient d’une expression toute simple : la gestion de la maison. Il y a de quoi être surpris quand on compare ce sens d’origine à ce que le mot recouvre aujourd’hui, entre marchés financiers, spéculation et indicateurs de croissance. L’économie sociale et solidaire, souvent abrégée en ESS, propose de renouer avec cette idée première. Des entreprises et des organisations qui produisent, emploient et vendent, mais dont la finalité première n’est pas d’enrichir des propriétaires. Ce n’est ni une utopie ni une expérimentation marginale : c’est un pan entier de l’économie française, reconnu par la loi, présent dans votre quartier, et probablement dans votre quotidien sans que vous le sachiez.
L’économie sociale et solidaire, qu’est-ce que c’est ?
L’économie sociale et solidaire regroupe des organisations qui exercent une activité économique réelle en respectant un ensemble de principes communs. Elles vendent des biens et des services, elles emploient des salarié·es, elles tiennent des comptes et elles doivent être viables. Sur ce point, aucune différence avec le reste de l’économie.
Ce qui change tient en deux questions. À quoi sert l’argent gagné ? Et qui décide ? Dans une structure de l’ESS, les excédents servent d’abord le projet plutôt que la rémunération du capital, et les décisions se prennent selon une règle démocratique qui ne dépend pas de la fortune de chacun.
Cette économie n’a rien de récent. Elle plonge ses racines dans les associations ouvrières du dix-neuvième siècle, les coopératives de consommateur·rices et d’habitant·es, les sociétés de secours mutuel. Sa reconnaissance institutionnelle, elle, est beaucoup plus tardive : il faut attendre 2014 pour qu’une loi française définisse son périmètre, et 2023 pour que l’Organisation des Nations unies la reconnaisse à son tour comme un modèle à part entière.
Les trois principes qui font l’ESS
Une finalité autre que le profit
C’est le point de départ. Une structure de l’ESS existe pour répondre à un besoin, rendre un service, défendre une cause ou créer de l’emploi sur un territoire. La performance économique n’est pas un but, c’est un moyen d’atteindre cet objectif et de durer. On parle d’utilité sociale : ce que l’activité apporte à la collectivité, au-delà de ce qu’elle rapporte.
Une gouvernance démocratique
Dans une coopérative, chaque membre dispose d’une voix, quel que soit le nombre de parts qu’il détient, et le vote par procuration n’est pas admis. La règle tient en une formule : une personne, une voix. Elle change radicalement la conduite d’un projet, puisque celui qui a mis le plus d’argent ne décide pas seul de ce que devient l’entreprise.
Une lucrativité limitée
L’expression est technique, l’idée est simple. Une structure de l’ESS peut dégager des excédents, et c’est même souhaitable. Mais leur usage est encadré : rémunération limitée du capital investi, constitution de réserves qui restent la propriété du collectif, réinvestissement dans le projet, ou redistribution aux membres au prorata de leur usage des services et non de leur apport financier.
Qui fait partie de l’ESS ? Les grandes familles
Les associations, d’abord, qui constituent la famille la plus nombreuse. Une association naît d’une convention par laquelle au moins deux personnes mettent en commun de façon permanente leurs connaissances ou leurs activités dans un but autre que le partage des bénéfices. Contrairement à une idée reçue tenace, une association peut employer des salariés et exercer une activité économique. Dans l’ESS, elles sont particulièrement présentes dans le sanitaire et le social, l’enseignement et la formation, le sport et les loisirs, le tourisme social et la culture.
Les coopératives ensuite, qui se distinguent selon l’identité de leurs associés. Coopératives d’usagers lorsque les associés utilisent les services produits, comme les coopératives de consommateurs, d’HLM ou les coopératives scolaires. Coopératives d’entreprises lorsque les associés sont eux-mêmes entrepreneurs, dans l’agriculture, l’artisanat, le transport ou le commerce de détail. Coopératives de production, ou SCOP, lorsque les associés sont les salariés. Coopératives bancaires lorsque les associés sont les clients. Et les sociétés coopératives d’intérêt collectif, ou SCIC, qui associent des acteurs de nature différente autour d’un même projet de territoire.
Les mutuelles, personnes morales de droit privé à but non lucratif, qui mènent des actions de prévoyance, de solidarité et d’entraide au bénéfice de leurs membres, dans une logique qui exclut les discriminations et assure une égalité de traitement entre adhérents. On distingue les mutuelles de santé et de prévoyance, les mutuelles d’assurance dont les sociétaires sont à la fois assurés et assureurs, et les mutuelles d’initiative sociale.
Les fondations enfin, qui reposent sur l’affectation irrévocable de biens, de droits ou de ressources à la réalisation d’une œuvre d’intérêt général à but non lucratif, sous plusieurs formes selon le porteur du projet.
A ces grandes familles se joignent aussi des entreprises dites “solidaires” et des sociétés commerciales, à partir du moment où elles respectent les princpes fondateurs de l’ESS.
Si vous vous demandez lequel de ces cadres correspond à un projet précis, notre page consacrée à entreprendre autrement en coopérative ou en association entre dans le détail.
Une économie ancrée dans les territoires
L’ESS a une caractéristique qui intéresse directement les habitant·es et les collectivités : elle ne se délocalise pas. Une crèche associative, une épicerie coopérative, un service d’aide à domicile ou un club sportif n’ont de sens que là où ils sont implantés.
Cette économie apporte aussi des réponses à des besoins que le marché ne couvre pas et que la puissance publique ne couvre plus seule. Les réseaux de collectivités locales le formulent clairement : l’ESS croise presque toutes leurs compétences, du développement économique à la petite enfance, du transport à la culture, du logement à la santé. Elle est souvent le premier employeur en milieu rural, et l’une des rares formes d’économie privée à s’implanter dans des zones que d’autres délaissent.
Sa capacité d’innovation reste, elle, largement méconnue. L’ESS a défriché les filières de recyclage du papier, du textile et des déchets électroniques, les circuits courts et l’agriculture paysanne, la lutte contre la précarité énergétique et la mobilité durable, bien avant que ces sujets ne deviennent des priorités partagées.
Sur le poids économique, l’ESS représente 10 % du PIB et près de 14 % des emplois privés en France. Vous pouvez vous référer aux publications d’ESS France, des chambres régionales de l’économie sociale et solidaire et de l’Insee, pour accéder aux chiffres actualisées par année.
Pourquoi une association d’éducation populaire parle-t-elle d’ESS ?
Parce qu’elle en fait partie, d’abord. e-graine est une association employeuse, à gouvernance démocratique, sans but lucratif. L’éducation populaire appartient pleinement à l’économie sociale et solidaire, même si son histoire et son identité propres justifient qu’on la distingue parfois : sur les territoires, les liens entre organisations d’éducation populaire et autres structures de l’ESS restent inégaux, et elles participent rarement aux mêmes réseaux.
Mais il y a une raison plus profonde. e-graine porte quatre objectifs de transformation sociale, dont une économie plus vertueuse. Et parmi les leviers que le mouvement s’est donnés figure celui-ci, très explicitement : faire connaître l’économie sociale et solidaire comme une alternative viable au plus grand nombre. Les valeurs et les pratiques de l’ESS restent méconnues, et cette méconnaissance empêche ces modèles de se démocratiser. Expliquer l’ESS n’est donc pas un exercice pédagogique gratuit, c’est une condition de son développement.
Concrètement, cela passe par des ateliers et des parcours, mais aussi par une présence dans les réseaux : participation aux chambres régionales de l’ESS à l’échelle locale, adhésion au Labo de l’ESS et à son groupe de travail sur les coopérations, implication dans des réseaux associatifs.
Comprendre l’ESS quand on n’y connait rien : par où commencer ?
La façon la plus rapide de comprendre l’ESS n’est pas de lire une définition, c’est d’en rencontrer une. Il y a de fortes chances qu’une structure de l’ESS se trouve à quelques rues de chez vous : une association sportive ou culturelle, une mutuelle, une banque coopérative, une ressourcerie, une AMAP.
Chaque année, le Mois de l’ESS et les forums organisés en région ouvrent grand les portes de ces structures. C’est souvent là que le déclic se produit.
Il y a aussi la voie de l’expérience. Lors de parcours menés avec des lycéens, e-graine utilise un jeu de simulation dans lequel chaque équipe crée son entreprise à valeurs ajoutées. Personne ne gagne, personne ne perd : chaque équipe repart avec une entreprise différente, née de ses propres arbitrages. Le débriefing qui suit n’a plus rien d’un cours, puisque les principes de gouvernance et d’utilité sociale se lisent directement dans les décisions que le groupe vient de prendre. Notre page sur la sensibilisation à l’ESS par l’éducation populaire détaille ces formats.
Enfin, si votre porte d’entrée est l’envie de vous rendre utile plutôt que la curiosité économique, commencez par notre page consacrée au bénévolat, moteur de l’ESS.
Questions fréquentes sur les ateliers sur l’Économie Sociale et Solidaire
C'est quoi l'économie sociale et solidaire en quelques mots ?
C’est un ensemble d’entreprises et d’organisations qui exercent une activité économique réelle, mais dont la finalité première n’est pas le profit. Elles reposent sur trois principes : une utilité sociale, une gouvernance démocratique et une lucrativité limitée. Associations, coopératives, mutuelles et fondations en constituent les grandes familles.
Quelle est la différence entre une association et une entreprise de l'ESS ?
Il n’y en a pas nécessairement : une association est une entreprise de l’ESS. L’association est l’une des quatre familles historiques du champ, aux côtés des coopératives, des mutuelles et des fondations. Ce qui les rassemble, ce sont leurs principes de fonctionnement, pas leur taille ni leur secteur d’activité.
On confond souvent « entreprise » et « société » en associant la notion d’entreprise à celle de capital. Pourtant, une entreprise peut tout à fait être à but non lucratif.
Une structure de l'ESS peut-elle faire des bénéfices ?
Oui, et c’est même nécessaire pour durer. Ce qui est encadré, c’est l’usage de ces excédents : la rémunération du capital est limitée, une partie est mise en réserve et reste la propriété du collectif, le reste est réinvesti dans le projet ou redistribué aux membres selon leur usage des services.
Comment savoir si une organisation appartient à l'ESS ?
Regardez son statut juridique, d’abord : association, coopérative, mutuelle ou fondation. Regardez ensuite ses statuts et sa gouvernance : qui vote, selon quelle règle, et que deviennent les excédents. Les chambres régionales de l’économie sociale et solidaire tiennent des annuaires des structures de leur territoire.
Cultivons une économie qui a du sens
Comprendre l’économie sociale et solidaire, c’est découvrir qu’une autre façon de produire et de décider existe déjà, à côté de chez soi. Si vous voulez aller au-delà de la définition, participez à un atelier ou à un temps de rencontre animé par une équipe régionale d’e-graine : on en ressort rarement avec la même idée de ce qu’est une entreprise. Vous représentez une collectivité, un établissement scolaire ou une structure de l’ESS et vous cherchez à faire connaître ce champ à vos publics ? Construisons ensemble un temps de sensibilisation adapté à votre territoire.
Pour situer cette approche dans notre travail, découvrez notre page éducation populaire et économie sociale et solidaire, et plus largement ce que recouvre l’éducation populaire.
