Qu’est-ce que la participation citoyenne ?

Pour beaucoup, participer se résume à deux images : glisser un bulletin dans une urne, ou prendre la parole au micro devant une assemblée de cent personnes. La participation citoyenne est en réalité bien plus large que cela, et bien plus accessible. Elle désigne le fait de prendre part aux décisions et à la vie collective qui concernent son quotidien et son territoire. Chez e-graine, mouvement d’éducation populaire à la citoyenneté mondiale, c’est même une conviction de départ : la démocratie ne se joue pas seulement dans l’isoloir, elle se vit au pied des immeubles, dans les écoles, sur les marchés et dans les salles associatives.

Participation citoyenne : une définition simple

La participation citoyenne, c’est la possibilité pour toute personne de contribuer aux choix qui la concernent, en dehors des seules échéances électorales. Donner son avis sur un projet d’aménagement, siéger dans un conseil de quartier, monter un collectif d’habitants, débattre lors d’une réunion publique, porter une initiative avec ses voisins : tout cela relève de la participation citoyenne.

Il faut distinguer deux mots souvent confondus. La participation citoyenne désigne la pratique, ce que font les habitants et les citoyens. La démocratie participative désigne le cadre qui organise cette pratique : les dispositifs, les instances, les procédures. L’une est un mouvement, l’autre est une architecture.

Point important : cette démocratie participative ne remplace pas la démocratie représentative, celle des élus et du suffrage. Elle la complète et, quand elle est bien menée, elle la nourrit. Les deux ne s’opposent que dans les caricatures.

Participation, concertation, démocratie participative : ne pas confondre

De l’information à la codécision

Derrière le mot « participation » se cache une réalité à géométrie variable. Les travaux sur la démocratie de proximité, notamment le rapport Bacqué-Mechmache remis en 2013 sur la participation dans les quartiers populaires, décrivent une véritable échelle.

Au premier barreau, l’information : on annonce une décision déjà prise. Au deuxième, la consultation : on demande un avis, sans engagement sur ce qu’on en fera. Au troisième, la concertation : on associe le public à l’élaboration, avant que tout soit figé. Au sommet, la codécision : les habitants décident réellement d’une partie de ce qui les concerne.

Le mot employé n’est jamais neutre. Il dit qui décide vraiment. Une démarche annoncée comme une concertation mais conduite comme une information laisse toujours un goût amer, et use la confiance pour longtemps.

Trois dynamiques qui se complètent

La participation ne vient pas toujours d’en haut. Le même rapport distingue trois dynamiques.

La participation institutionnelle est la plus visible : elle est organisée par la puissance publique, avec ses instances et ses procédures. La participation d’interpellation part des citoyens eux-mêmes, qui se saisissent d’un sujet et demandent des comptes ou des réponses. La participation d’initiative est ce que les habitants créent sans attendre personne : une association, un jardin partagé, un collectif de locataires.

Une démarche solide fait vivre les trois. Une démarche qui ne connaît que la première finit par tourner à vide.

À quoi ressemble la participation citoyenne dans la vraie vie

Sur un territoire, la participation prend des visages très concrets. Il y a les instances installées : conseils de quartier, conseils citoyens dans les quartiers prioritaires, conseils de développement. Il y a les démarches liées à un projet : concertation préalable sur un aménagement, débat public pour les très grands projets, enquête publique. Il y a les dispositifs d’allocation : budgets participatifs qui confient une part du budget municipal aux habitants.

Et puis il y a tout le reste, qui compte tout autant : l’engagement dans une association, un collectif d’habitants qui se constitue autour d’un problème d’immeuble, un atelier de quartier, un porteur de paroles installé un samedi matin sur un marché. C’est ce que résume la conviction d’e-graine sur ce sujet : la démocratie, ce n’est ni seulement le vote, ni la rue, c’est nous.

Pourquoi la participation citoyenne est un enjeu aujourd’hui

Le premier signal est électoral. En France, l’abstention aux élections législatives dépasse les 50 % depuis 2017, et une large majorité de personnes déclarait, début 2024, ne pas avoir confiance dans la politique. À cette démobilisation s’ajoutent celles et ceux qui ne sont pas ou mal inscrits sur les listes électorales.

Mais s’arrêter là mènerait à un contresens. Ce qui recule, c’est d’abord un mode de participation, le vote, pendant que les autres restent dévalorisés. Les mêmes personnes qui ne votent pas s’engagent parfois dans une association, un mouvement social ou un collectif de quartier. Quand on affirme que la démocratie n’est pas la rue, on nie au passage tout ce qui existe en dehors de l’isoloir.

Le vrai sujet est celui de l’accès. Participer demande du temps, de l’argent, la maîtrise de certains codes, parfois une connexion internet quand la démarche se tient en ligne. Les personnes les plus précaires n’ont pas rompu avec la vie de la Cité : elles restent inaudibles faute de dispositifs qui leur permettent d’y entrer. Résultat, le débat public se cloisonne entre personnes issues des mêmes milieux, et les choix pris au nom de l’intérêt général portent la marque de celles et ceux qui ont pu s’exprimer.

Reste à savoir ce qu’on en fait. Plutôt que de s’arrêter au constat d’une crise des institutions, e-graine choisit d’y voir une occasion : celle de réinventer nos façons de faire société, et d’ouvrir des espaces là où les gens vivent réellement.

Un exemple de terrain : le Parlement mobile à Bordeaux

À l’été 2021, dans le cadre des Assises de la démocratie permanente, la ville de Bordeaux a fait circuler un objet inhabituel : une agora mobile en bois, installée chaque jeudi dans l’un des huit quartiers de la ville, pour une journée entière. e-graine a accompagné cette tournée et animé les temps d’échange.

Le 15 juillet, à Bacalan, une quinzaine d’habitantes et d’habitants de Bordeaux Maritime, principalement issus des associations du quartier, se sont ainsi retrouvés autour de la vie de leur quartier pendant deux heures. Le principe tient en une inversion simple : ce n’est plus l’habitant qui doit se rendre à l’institution, c’est le débat qui vient au pied des immeubles. La parole collectée était ensuite restituée à la municipalité.

C’est un bon révélateur de ce qui bloque d’ordinaire. Quand on déplace le lieu, l’horaire et le format, des personnes qui ne seraient jamais venues à une réunion publique prennent la parole sans difficulté.

Ce que l’éducation populaire apporte à la participation citoyenne

La participation ne se décrète pas. On peut créer autant d’instances que l’on veut, si personne ne s’y sent légitime, elles resteront vides ou monopolisées par les mêmes.

C’est là que l’éducation populaire intervient. Elle rend les sujets accessibles, en partant de l’expérience des personnes plutôt que du vocabulaire des institutions. Elle crée un cadre où chacun a sa place, un espace qui ne reproduit pas les rapports de force ordinaires, et où le silence, le doute, la maladresse et le désaccord sont légitimes. Elle privilégie le débat d’idées et la construction collective plutôt que le débat d’opinions crispé, où l’on cherche surtout à avoir raison.

Et elle ne s’arrête jamais au constat. Comprendre un enjeu, c’est bien ; savoir quoi en faire à son échelle, c’est le but. C’est ce chemin que nous appelons le passage de l’envie d’agir au pouvoir d’agir, et il se joue d’abord sur son territoire, avec les autres habitants et les acteurs locaux.

Pour aller plus loin, découvrez comment développer le pouvoir d’agir des habitant·es, quels sont les outils de mobilisation citoyenne mobilisables sur un territoire, et comment animer une concertation citoyenne qui produise des effets réels. Sur le temps long, cette dynamique prend la forme d’une coopération multi-acteurs sur un territoire, et elle concerne aussi les plus jeunes, comme le montre notre page sur la façon d’engager les jeunes dans la vie démocratique.

Questions fréquentes sur la participation citoyenne

C'est quoi la participation citoyenne ?

C’est le fait de prendre part aux décisions et à la vie collective qui concernent son quotidien et son territoire, au-delà du seul vote. Cela va de l’avis donné lors d’une concertation à la création d’un collectif d’habitants, en passant par un conseil de quartier ou un budget participatif.

Quelles sont les formes de participation citoyenne ?

Les formes instituées d’abord : conseils de quartier, conseils citoyens, budgets participatifs, concertations préalables, débats publics. Les formes autonomes ensuite : engagement associatif, collectifs d’habitants, initiatives de voisinage. Les secondes comptent autant que les premières.

Qui peut participer à une démarche de participation citoyenne ?

Toute personne concernée par le sujet traité, quels que soient son âge, son diplôme ou son statut. C’est précisément l’enjeu : les dispositifs sont ouverts en droit, mais restent difficiles d’accès en pratique pour une partie de la population. Y remédier suppose d’aller à la rencontre des gens plutôt que d’attendre qu’ils viennent.

Comment e-graine accompagne-t-elle les collectivités sur la participation citoyenne ?

De la mobilisation amont jusqu’à la restitution : diagnostic de territoire, aller-vers pour toucher les publics éloignés, animation des temps collectifs, accompagnement des démarches de coopération multi-acteurs, et formation des équipes. Les modalités se construisent avec chaque territoire.

Passons de l’envie d’agir au pouvoir d’agir

Vous avez envie de peser sur ce qui se décide près de chez vous ? Participez à un temps d’échange ou rejoignez une démarche animée par l’une des équipes régionales d’e-graine. Vous représentez une collectivité, un bailleur ou une institution et vous souhaitez ouvrir un vrai espace de participation sur votre territoire ? Construisons la démarche ensemble. Pour situer cette approche dans notre travail global, découvrez notre page éducation populaire et démocratie participative.