Animer une concertation citoyenne

Deux craintes reviennent chez presque tous les commanditaires avant une réunion publique : la salle vide, et la salle qui s’enflamme. Animer une concertation citoyenne consiste largement à traiter ces deux risques en amont, car ni l’un ni l’autre ne se règle le jour J. Une concertation utile se prépare longtemps avant, se mène avec des formats qui font circuler la parole, et se juge non pas au nombre de présents mais à ce qu’elle change réellement dans le projet.

Qu’est-ce qu’une concertation citoyenne ?

Une concertation associe le public à l’élaboration d’un projet, d’un plan ou d’un programme, avant que les décisions ne soient figées. C’est ce qui la distingue des démarches voisines.

Informer, c’est annoncer une décision déjà prise. Consulter, c’est demander un avis, sans engagement sur l’usage qui en sera fait. Concerter, c’est associer le public à la construction. Codécider, c’est lui confier une part réelle de la décision.

D’où la question qui conditionne tout le reste, et qu’il faut poser avant même d’ouvrir un calendrier : sur quoi porte la marge de manœuvre réelle ? Une concertation sans marge de manœuvre est une réunion d’information qui s’ignore. Les habitants le sentent en quelques minutes, et la confiance perdue à cette occasion est très longue à reconstruire.

Dire honnêtement ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas ne réduit pas la participation. C’est même la condition pour qu’elle soit sérieuse.

Le cadre : ce que prévoit la réglementation

La participation du public n’est pas une option de communication, c’est un droit. Le principe est inscrit dans la charte de l’environnement, de valeur constitutionnelle, qui reconnaît à toute personne le droit d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement. Il s’appuie également sur des textes internationaux et européens, au premier rang desquels la convention d’Aarhus.

Deux grandes familles de procédures existent en amont d’un projet. Le débat public, placé sous l’autorité de la Commission nationale du débat public, concerne les très grands projets ainsi que certains plans et programmes nationaux. La concertation préalable, elle, est mise en œuvre par le maître d’ouvrage ou par la personne publique responsable du plan ou du programme, qui en définit les modalités.

Le cadre reconnaît par ailleurs plusieurs droits au public : accéder aux informations pertinentes pour participer réellement, disposer de délais raisonnables pour formuler observations et propositions, et surtout être informé de la manière dont ces observations ont été prises en compte dans la décision. Ce dernier point est le plus souvent négligé. C’est pourtant celui qui détermine si les gens reviendront la fois suivante.

Ce cadre évolue régulièrement, au fil des ordonnances, décrets et lois qui modifient le code de l’environnement. Pour les modalités précises applicables à votre projet, seuils, durées et obligations, référez-vous aux sources officielles en vigueur, notamment la Commission nationale du débat public et le ministère chargé de l’environnement.

Les cinq temps d’une concertation bien menée

Cadrer avant d’annoncer

Définir sur quoi porte la concertation, qui décide au bout du compte, ce qui est ouvert et ce qui est arrêté. Puis le dire au public dès la première prise de parole, avec des mots simples. Un cadrage clair désamorce la moitié des tensions.

Aller chercher les publics

Une salle ne se remplit pas avec une affiche et un post sur les réseaux sociaux. C’est le travail le plus déterminant, et le plus souvent sous-évalué dans les budgets : présence sur les marchés, porte-à-porte, porteurs de paroles, stands aux sorties d’école, relais par les associations et les structures de quartier.

Nos équipes détaillent cette phase sur nos pages consacrées à la démarche d’aller vers et aux outils de mobilisation citoyenne.

Animer le temps collectif

Privilégier les formats qui font circuler la parole plutôt que ceux qui la monopolisent. Sous-groupes, cartographie collective, world café : trois personnes ne peuvent pas confisquer la parole quand tout le monde travaille en petit comité.

Et prévoir la conflictualité plutôt que la craindre. Un désaccord exprimé dans la salle vaut mieux qu’un désaccord tu qui ressortira ailleurs, sous une forme moins constructive. Le rôle de l’animation est de rendre le désaccord dicible et travaillable, pas de l’éviter.

Restituer

Rendre visible ce qui a été dit, à qui c’est transmis et sous quelle forme. Le bilan de la concertation est rendu public : c’est une obligation, mais c’est surtout un outil de confiance. Une restitution fidèle, y compris des points qui fâchent, vaut mieux qu’une synthèse lissée que personne ne reconnaîtra.

Boucler la boucle

L’étape la plus souvent oubliée, et celle qui décide de tout le reste. Revenir vers les participants après la décision, expliquer ce qui a été retenu, ce qui ne l’a pas été et pourquoi. Une concertation qui ne revient jamais vers ses participants tue par avance celle qui viendra après elle.

Faire venir celles et ceux qu’on n’entend jamais

C’est là que se joue la qualité réelle d’une concertation, et c’est le cœur de ce qu’e-graine apporte.

Les freins sont d’abord matériels. Une réunion en semaine à 18 h 30 exclut les horaires décalés et les parents seuls. Un dossier de cent pages en langage technique exclut celles et ceux qui ne maîtrisent pas ces codes, ou pas la langue. Une plateforme en ligne exclut celles et ceux qui n’ont ni équipement ni aisance numérique. Un format qui suppose de prendre la parole devant cinquante personnes exclut la majorité des gens, tout simplement.

Les leviers sont symétriques. Choisir le lieu et l’heure en fonction des habitants plutôt que de l’institution. Aller à leur rencontre en amont, pour que la réunion ne soit pas le premier contact. Proposer des façons de contribuer qui n’exigent pas de parler en public : écrire, dessiner sur un plan, coller une gommette, échanger en petit groupe.

Un rappel utile pour finir : les personnes les plus éloignées des dispositifs sont souvent celles qui connaissent le mieux les usages réels du terrain. Les faire venir n’est pas une clause d’équité, c’est une condition de qualité du projet.

Un exemple : porter le débat au pied des immeubles

Nos équipes animent régulièrement des débats mobiles autour de projets d’aménagement du territoire, ainsi que des diagnostics sur le cadre de vie de quartiers populaires. Le principe est constant : plutôt que d’attendre les habitants en salle municipale, la démarche se déplace sur leurs lieux de vie, ce qui permet de capter les signaux faibles du territoire, ces indices que jamais une réunion publique ne fait remonter.

Le Parlement mobile de Bordeaux, à l’été 2021, en donne une illustration parlante : une agora mobile installée successivement dans les huit quartiers de la ville, avec une parole d’habitants collectée puis restituée à la municipalité. Nous détaillons cet exemple sur notre page participation citoyenne : définition et formes.

Ce qui fait échouer une concertation

Quatre causes reviennent, et toutes sont évitables.

Une concertation lancée trop tard, quand le projet est arbitré et que seuls les détails restent ouverts. Les participants le repèrent immédiatement.

Un vocabulaire technique qui installe d’emblée une hiérarchie entre ceux qui comprennent et les autres.

Une restitution qui ne revient jamais, ou qui revient si tard que plus personne ne fait le lien.

Et l’absence de tiers pour garantir le déroulement. Sans figure neutre, l’élu se retrouve juge et partie, exposé à des mises en cause qu’il n’a pas les moyens de traiter dans ce cadre. C’est inconfortable pour lui et décourageant pour tout le monde.

Pour inscrire une concertation dans une dynamique plus large et plus durable, découvrez notre approche de la coopération multi-acteurs sur un territoire.

Questions fréquentes sur l’animation d’une concertation

Quelle différence entre concertation, consultation et information ?

Informer, c’est annoncer une décision prise. Consulter, c’est recueillir un avis sans engagement sur son usage. Concerter, c’est associer le public à l’élaboration du projet, avant que les décisions ne soient figées. Le mot employé indique qui décide réellement.

Combien de temps dure une concertation préalable ?

Sa durée est encadrée par la réglementation, avec un plancher et un plafond fixés par le code de l’environnement. Les modalités précises évoluant régulièrement, il convient de se référer aux textes en vigueur et aux ressources de la Commission nationale du débat public pour le projet concerné.

Comment mobiliser des habitants pour une concertation ?

En allant les chercher, plutôt qu’en les attendant. Présence sur les lieux de vie en amont, porte-à-porte, porteurs de paroles, relais associatifs, horaires et lieux choisis en fonction des habitants. La mobilisation représente souvent plus de travail que la réunion elle-même.

Qui peut animer une concertation citoyenne ?

Le maître d’ouvrage peut l’animer directement, mais un tiers extérieur apporte une neutralité qui protège tout le monde, y compris les élus. Les équipes régionales d’e-graine accompagnent des concertations de la mobilisation amont jusqu’à la restitution.

Faisons de votre concertation un vrai temps de dialogue

Vous êtes une collectivité, un aménageur, un bailleur social ou un maître d’ouvrage et vous préparez une concertation ? Les équipes d’e-graine vous accompagnent sur toute la chaîne : cadrage, mobilisation des publics éloignés, animation des temps collectifs, restitution. Vous êtes habitante ou habitant et une concertation s’ouvre près de chez vous ? Saisissez-vous en, votre connaissance du terrain y a toute sa place. Pour situer cette pratique dans notre approche globale, découvrez notre page éducation populaire et démocratie participative.