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Économie sociale et solidaire : agir avec e-graine

Le mot économie désignait à l’origine quelque chose de très concret : la gestion de la maison. Il y a de quoi s’étonner du chemin parcouru, quand ce même mot renvoie aujourd’hui à des marchés financiers déconnectés de la production réelle et à des indicateurs qui ignorent le bien-être des populations. L’économie sociale et solidaire propose de renouer avec le sens premier. Des entreprises et des organisations qui produisent, emploient et rendent des services, mais dont la finalité est le bien commun plutôt que la rémunération du capital. Ce n’est pas un projet à construire : cela existe déjà, autour de chez vous. Et le faire savoir fait partie, très directement, du travail d’un mouvement d’éducation populaire.

L’économie sociale et solidaire en quelques mots

L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) rassemble des organisations qui exercent une activité économique tout en poursuivant un objectif d’utilité sociale. Elles se distinguent par une manière spécifique de fonctionner, fondée sur trois principes fondateurs, définis par la loi  ESS (2015) :

  • Un but autre que le seul partage des bénéfices : l’activité vise d’abord un impact social, environnemental ou sociétal.
  • Une gouvernance démocratique : les décisions sont prises de manière collective, avec une participation des différentes parties prenantes (membres, salarié·es, etc.), sans que le pouvoir dépende uniquement du capital détenu.
  • Une gestion encadrée des bénéfices : les excédents sont majoritairement réinvestis dans le projet, et les réserves constituées sont en grande partie impartageables, ce qui garantit la pérennité de la structure.

Autrement dit, l’ESS repose sur une autre façon d’entreprendre : produire de la valeur économique, tout en la mettant au service de l’intérêt collectif.

Quatre grandes familles historiques la composent : les associations, les coopératives, les mutuelles et les fondations, qui en font partie de plein droit comme le précise la loi du 31 juillet 2014.. Elles couvrent des champs très différents, du sanitaire et social à la culture, de l’agriculture à la banque, du sport aux services à la personne.

Mais l’ESS ne s’arrête pas là : elle inclut aussi des entreprises dites “solidaires” (structures d’insertion, ESAT, GEIQ…) ainsi que des sociétés commerciales (SARL, SAS, etc.) dès lors qu’elles respectent certains critères (utilité sociale, gouvernance, gestion des bénéfices). Certaines peuvent également obtenir l’agrément ESUS.

L’histoire de l’ESS est ancienne, ses racines remontent aux associations ouvrières du dix-neuvième siècle et aux sociétés de secours mutuel. Sa reconnaissance est en revanche récente : la loi française en 2014, puis une reconnaissance par l’Organisation des Nations unies en 2023. Si vous voulez entrer dans le détail des principes et des statuts, notre page consacrée à comprendre l’économie sociale et solidaire est faite pour cela.

Pourquoi e-graine s’empare de la question économique

e-graine porte quatre objectifs de transformation :

  • une transition écologique plus juste,
  • une économie plus vertueuse,
  • une démocratie plus participative,
  • des sociétés plus inclusives.

L’économie n’est donc pas un sujet d’experts ajouté par opportunisme à un projet éducatif : c’en est l’un des quatre piliers.

Le constat qui fonde cet objectif est sévère, et il faut le poser sans détour. Depuis la révolution industrielle, et plus encore depuis 1945, notre économie repose sur l’idée d’une croissance infinie alors que les ressources naturelles ne le sont pas. Le modèle dominant reste largement linéaire : extraire, fabriquer, consommer, jeter, recommencer. Les inégalités de revenus et de patrimoine se creusent, entre pays comme à l’intérieur de chacun d’eux, et se doublent de fortes disparités entre territoires. Enfin, les logiques qui échappent au marché sont dévalorisées et rendues invisibles, alors même qu’elles sont indispensables au bien-être des populations : les métiers du soin et de l’éducation, les solidarités de voisinage, le bénévolat. La crise sanitaire les avait mises en lumière le temps d’une année avant de les laisser retomber dans l’oubli.

Nous refusons d’en rester au constat, et c’est là que tout se joue. Une autre économie est possible, et surtout, elle existe déjà. L’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire, l’économie coopérative en sont autant de formes. Basculer vers ces modèles n’est pas un renoncement au développement : l’économie circulaire, par exemple, réduit l’impact environnemental de nos modes de production tout en créant des emplois. Les coopératives, les monnaies locales et les entreprises à finalité sociale ne datent pas d’hier. Ce qui leur manque, c’est de changer d’échelle.

Une idée résume assez bien notre position, empruntée à l’économiste Karl Polanyi et vulgarisée : il s’agit de réencastrer l’économie dans la société. De cesser de la traiter comme une sphère autonome, détachée des enjeux sociaux, politiques et culturels, pour la remettre à sa place, celle d’un moyen au service de ce que nous voulons vivre ensemble.

Ce que l’éducation populaire apporte à l’ESS

Un mouvement d’éducation populaire n’apporte ni capital ni expertise juridique à l’économie sociale et solidaire. Il apporte autre chose, et ce n’est pas accessoire.

Rendre le sujet accessible. L’ESS souffre d’un sigle opaque et d’un vocabulaire de spécialistes. Lucrativité limitée, réserve impartageable, multisociétariat : chaque terme recouvre une idée simple, mais leur accumulation décourage. Traduire, illustrer, faire vivre, c’est le métier de l’éducation populaire.

Travailler l’imaginaire. Le premier obstacle n’est pas le manque d’information, c’est la conviction qu’il n’existerait qu’un seul modèle économique acceptable et que tout le reste relèverait de l’idéalisme. Déconstruire cette évidence est un préalable que le projet d’e-graine identifie explicitement.

Permettre à chacun de participer. L’éducation populaire réduit la fracture sociale autour de ces sujets en valorisant, dans tous les milieux, la diversité des pratiques déjà à l’œuvre, en lien avec les capacités et les aspirations de chacun. Elle assure les conditions d’une participation réelle, et pas seulement d’une consultation de façade.

Relier au territoire. Comprendre l’ESS n’a d’intérêt que si cela débouche sur du concret. Le mouvement que nous cherchons va du geste individuel à l’action collective, puis de l’action collective à la coopération entre acteurs d’un même territoire.

Tout cela suppose une condition, et une seule, mais elle est décisive. Nos animateurs et animatrices commencent par créer un cadre où chacun a sa place, sans rapport de force, où le doute, le silence, la maladresse et le désaccord sont légitimes, et où l’erreur fait partie de l’apprentissage. Sur un sujet qui touche au travail, à l’argent et au statut social, terrains sur lesquels les participants d’un même groupe n’ont ni la même expérience ni la même aisance, ce cadre n’est pas une politesse d’introduction. C’est ce qui rend le reste possible.

Nos quatre leviers d’action

Faire connaître l’ESS au plus grand nombre

Les valeurs et les pratiques de l’ESS restent méconnues, et cette méconnaissance empêche ces modèles de se démocratiser. Nous y répondons par des ateliers, des jeux et des parcours : un escape game qui fait découvrir les métiers de l’ESS en résolvant des énigmes, des simulations de création d’entreprise, des parcours de plusieurs séances menés avec des classes de lycée professionnel. Notre page consacrée à la sensibilisation à l’ESS par l’éducation populaire détaille ces formats et la posture qu’ils supposent.

Accompagner vers ses métiers et ses formes d’engagement

Découvrir l’ESS, c’est aussi découvrir qu’on peut y travailler et s’y engager. Le projet Connect·ESS fait l’intermédiaire entre les acteurs du champ et les jeunes en quête de sens dans leur engagement. Le dispositif Vert l’Emploi, développé depuis 2017, ouvre les métiers de la transition écologique à des publics qui s’en croyaient exclus. Et le bénévolat reste la porte d’entrée la plus accessible, à condition qu’on sache accueillir celles et ceux qui poussent la porte, comme l’explique notre page sur le bénévolat, moteur de l’ESS.

Tisser des liens entre les acteurs sur les territoires

Une économie du bien commun ne se construit pas structure par structure, mais par les coopérations qu’elles nouent entre elles. Cela va de la création d’une société coopérative d’intérêt collectif en milieu rural à des coopérations plus larges. e-graine y prend part concrètement : participation aux chambres régionales de l’ESS à l’échelle locale, implication dans les réseaux associatifs, adhésion au Labo de l’ESS et à son groupe de travail sur les coopérations, création d’un tiers-lieu en milieu rural avec la Maison des Alternatives, et travail avec une collectivité, des associations et des habitants d’un quartier populaire de Bordeaux au sein du Laboratoire d’Initiatives Alimentaires.

Participer à la co-construction des politiques publiques

Le soutien des pouvoirs publics conditionne la viabilité de cette transformation. e-graine a rédigé avec le Labo de l’ESS une note stratégique sur le rôle de l’éducation populaire dans la transition écologique juste, puis mené avec ce même partenaire et la Fabrique des transitions une étude-action sur trois territoires pilotes. Notre page ESS et transition écologique en restitue les enseignements.

Explorer l’économie sociale et solidaire avec e-graine

Comprendre les principes. Qu’est-ce que l’ESS exactement, quels sont ses quatre principes, quelles familles la composent, et comment savoir si une organisation en fait partie. La page d’entrée du sujet, sans jargon.

Faire découvrir l’ESS à un groupe. Les formats qui fonctionnent réellement, du quiz de quinze minutes au parcours de huit séances, avec la posture d’animation qu’ils supposent et ce qu’on peut raisonnablement en attendre.

S’engager et faire vivre une association. Ce que le bénévolat apporte à l’ESS et à celles et ceux qui s’engagent, les motivations réelles des bénévoles, et les trois fragilités qu’il faut regarder en face.

Créer son activité autrement. Association, coopérative, SCOP, SCIC, coopérative d’activités et d’emploi : les cadres disponibles pour entreprendre sans faire du profit la finalité, et les questions à se poser avant de choisir.

Reprendre la main sur son alimentation. Ce que change réellement un circuit court à l’économie d’un territoire, les formes coopératives qui les portent, et ce qu’ils ne règlent pas.

Coopérer pour une transition juste. Pourquoi l’ESS, l’éducation populaire et les pouvoirs publics doivent faire alliance, et les trois conditions d’une coopération qui tient, éprouvées sur trois territoires.

Une économie qui se joue sur les territoires

Si l’ESS intéresse autant les collectivités, ce n’est pas par sympathie idéologique. C’est parce qu’elle produit des effets qu’aucune autre forme d’économie ne produit à cette échelle.

Ses emplois ne se délocalisent pas : une crèche associative, une ressourcerie ou un service d’aide à domicile n’existent que là où ils sont implantés. Elle apporte des réponses à des besoins que le marché ne couvre pas et que la puissance publique ne couvre plus seule. Elle est souvent le premier employeur en milieu rural, et l’une des rares formes d’économie privée à s’implanter dans des zones que d’autres délaissent. Sa capacité d’innovation, enfin, reste sous-estimée : nouveaux services, nouveaux métiers, nouvelles formes de gouvernance.

Un point mérite d’être souligné à l’attention des élus et des agents. Parce qu’elle crée de l’emploi, l’ESS est souvent rattachée au seul volet du développement économique. Or elle croise la petite enfance, le transport, le tourisme, la culture, la santé, le logement, la politique de la ville. La traiter comme un sujet transversal, plutôt que comme l’annexe d’une délégation, change la façon dont une politique locale se construit.

Cette logique de coopération entre acteurs d’un même territoire dépasse d’ailleurs le seul champ économique. Nous la travaillons aussi sous l’angle démocratique, sur notre page éducation populaire et démocratie participative, et sous l’angle éducatif avec les jeunes, sur notre page éducation populaire et jeunesse.

Questions fréquentes sur les ateliers sur l’Économie Sociale et Solidaire

Qu'est-ce que l'économie sociale et solidaire ?

C’est un ensemble d’entreprises et d’organisations qui exercent une activité économique réelle sans faire du profit leur finalité. Elles reposent sur une utilité sociale, une gouvernance démocratique, une lucrativité limitée. Associations, coopératives, mutuelles et fondations en forment les quatre familles historiques.

Quel lien entre éducation populaire et ESS ?

L’éducation populaire fait pleinement partie de l’ESS, même si son histoire et son identité propres justifient qu’on la distingue parfois. Elle lui apporte aussi quelque chose de spécifique : la capacité à rendre ces modèles compréhensibles et accessibles au plus grand nombre, condition de leur développement.

Comment découvrir l'ESS près de chez soi ?

En poussant la porte d’une structure : association, ressourcerie, épicerie coopérative, AMAP, mutuelle. Le Mois de l’ESS et les forums régionaux offrent chaque année des occasions de rencontre. Les chambres régionales de l’économie sociale et solidaire tiennent par ailleurs des annuaires des structures de leur territoire.

e-graine fait-elle partie de l'économie sociale et solidaire ?

Oui. e-graine est un mouvement associatif composé de bénévoles et de professionnels, réunis au sein d’associations régionales et d’une union nationale, à gouvernance démocratique et sans but lucratif. Le mouvement s’implique également dans de nombreux réseaux associatifs. 

Transformons l’envie d’agir en pouvoir d’agir

Une autre économie ne se décrétera pas. Elle se construira à mesure que des citoyennes et des citoyens découvriront qu’elle existe déjà, qu’ils peuvent y travailler, s’y engager, y entreprendre, et peser sur ce qui se décide près de chez eux.

Si vous voulez commencer quelque part, venez vivre un atelier, rencontrez les structures de votre territoire, ou trouvez la forme d’engagement qui vous correspond. Si vous représentez une collectivité, un établissement scolaire, une fondation ou une structure de l’ESS, les équipes régionales d’e-graine construisent avec vous des actions adaptées à vos publics et à vos enjeux, de la séquence de sensibilisation à la démarche de coopération territoriale.

Pour situer cette filière dans notre travail d’ensemble, découvrez ce qu’est l’éducation populaire.