Éducation populaire et transition écologique :
faire de la transition un projet partagé
Nous n’avons jamais disposé d’autant de données, de plans et d’objectifs sur la transition écologique. Les rapports sont publiés, les feuilles de route adoptées, les budgets engagés. Et pourtant, une partie de la population vit cette transition comme une contrainte lointaine, ou comme une injustice de plus.
C’est précisément là qu’intervient l’éducation populaire. La transition écologique ne bute plus sur la question de savoir quoi changer : elle bute sur la question de savoir comment on embarque tout le monde. Une transformation qui n’est pas appropriée par celles et ceux qui doivent la vivre ne tient pas, quelle que soit la qualité du plan qui la porte.
Pourquoi la transition écologique est un enjeu d’éducation populaire
La transition écologique n’est pas qu’une question technique ou économique. C’est aussi, et peut-être avant tout, un changement culturel et social profond. Cela suppose de rompre avec des habitudes, des représentations et des façons de faire société qui ne se modifient pas par décret.
Accompagner ce changement nécessite de dépasser la seule sensibilisation et les injonctions descendantes, théoriques et déconnectées de la diversité des réalités vécues. Chacun connaît l’effet de ces campagnes : on acquiesce, et rien ne bouge. Non par mauvaise volonté, mais parce que le message n’a jamais rencontré la vie réelle des personnes auxquelles il s’adressait.
L’éducation populaire constitue un levier pour cette appropriation, pour trois raisons.
Elle part des expériences personnelles sans jamais les disqualifier. Elle considère que chacun, quel que soit son niveau de connaissance du sujet et son degré d’engagement, détient par son expérience des savoirs et des compétences utiles à la transition.
Elle se fonde sur les réalités territoriales pour les relier aux enjeux écologiques et sociaux globaux. S’approprier la transition suppose de pouvoir faire le lien entre sa situation personnelle, son environnement immédiat et une dimension plus systémique. L’inverse, entrer par le systémique, constitue rarement un point d’entrée intelligible.
Elle mêle action et réflexion. L’acquisition de savoirs n’y est pas une fin en soi mais un levier pour l’action et l’engagement citoyen.
Une précision, parce que les mots se confondent. L’éducation populaire ne se réduit pas à la vulgarisation des savoirs. Elle y ajoute des méthodes qui permettent la coproduction de connaissances, en confrontant les savoirs théoriques au vécu de chacun, et l’animation d’espaces d’échange et d’action. La sensibilisation peut en être une composante ; elle n’en est pas l’équivalent.
La transition juste, en trois lignes
Une transition écologique juste, c’est une transformation radicale et démocratique de notre société, visant à assurer tant la soutenabilité écologique de cette dernière qu’une réponse digne et suffisante aux besoins de toutes et tous, et l’émancipation de chacune et chacun.
Le mot juste change tout. Les populations les plus exposées au dérèglement climatique sont souvent celles qui y ont le moins contribué, et celles que l’on entend le moins dans le débat public. Une transition qui aggraverait ces écarts échouerait deux fois. Nous détaillons cette notion sur notre page consacrée à la transition écologique juste, expliquée.
Ce que fait e-graine, concrètement
Les convictions valent ce que valent les pratiques qui les incarnent. Voici les nôtres.
Faire vivre le sujet plutôt que l’expliquer. Nos ateliers reposent sur l’expérience directe : « Goutte à goutte » aborde l’eau par un photolangage et un débat mouvant qui amènent la notion de bien commun, « Attention, la planète se réchauffe » entre dans le climat par le jeu collectif. La méthode est détaillée sur notre page consacrée à la façon d’animer un atelier de sensibilisation à l’écologie.
Faire comprendre le climat par le jeu. Le Tribunal du changement climatique, porté par e-graine Grand Est, propose à des adolescents et de jeunes adultes d’incarner les parties prenantes d’un procès : citoyens accusateurs, entreprise pollueuse, collectivité, chercheurs. En défendant une position qui n’est pas la sienne, on comprend les contraintes de l’autre. Voir la page éduquer au changement climatique.
Rendre la biodiversité concrète. Au collège Pablo Neruda de Stains, une classe de sixième est devenue reporter pendant six séances, jusqu’à interviewer jardiniers, éco-gardes et promeneurs d’un parc départemental et à monter sa propre exposition. Le récit complet figure sur notre page animer sur la biodiversité.
Relier écologie et emploi. Conçu par e-graine Île-de-France depuis 2017, le dispositif Vert l’Emploi accompagne des jeunes éloignés de l’emploi vers les métiers de la transition, en quatre phases, de l’éveil des représentations au job dating. Voir la page accompagner vers les métiers de la transition écologique.
Travailler un quartier dans la durée. Aux Aubiers à Bordeaux, e-graine Nouvelle-Aquitaine a mené de 2022 à 2024 le projet Mon Quartier Circulaire : diagnostic, stands en pied d’immeuble avec les gardiens, charte de la propreté co-construite, fêtes de la propreté portées par le conseil citoyen. Voir la page accompagner les habitant·es d’un quartier sur les déchets.
Accompagner la sobriété sans culpabiliser. Le programme Watt Watchers travaille la sobriété énergétique à la maison, en distinguant celles et ceux qui ont un choix à faire de celles et ceux qui subissent déjà la précarité énergétique. Voir la page la sobriété énergétique, juste et désirable.
Contribuer au débat national. En 2023, e-graine a coproduit avec le Labo de l’ESS une note stratégique sur le rôle de l’éducation populaire dans la transition écologique juste des territoires. Elle a donné naissance à une étude-action menée à partir de 2024 avec la Fabrique des transitions, sur trois terrains pilotes : l’Eurométropole de Strasbourg, la Communauté urbaine de Dunkerque et la Ville de Bergerac. Les enseignements sont sur notre page mobiliser un territoire autour de la transition.
Une transition écologique plus juste, l’un des quatre objectifs de transformation d’e-graine
e-graine est un mouvement d’éducation populaire à la citoyenneté mondiale, composé de bénévoles et de professionnels regroupés au sein d’associations locales et d’une union nationale. Son projet s’organise autour de quatre objectifs de transformation sociale : une transition écologique plus juste, une économie plus vertueuse, une démocratie plus participative, des sociétés plus inclusives.
Le premier objectif engage un travail précis. Accélérer l’adoption de modes de vie plus sobres et conviviaux, pour vivre ensemble en prenant soin les uns des autres et de la nature. Prôner un changement systémique qui mobilise l’ensemble des populations, y compris les plus vulnérables. Et refuser que le coût des transitions pèse sur celles et ceux qui sont déjà les plus fragiles.
Cela suppose aussi de dépasser une lecture qui n’insiste que sur les pertes, pour regarder ce que nous avons à gagner, individuellement et collectivement, dans ce processus. La sobriété n’est pas un retour en arrière : elle peut être un processus collectif, choisi et convivial, dès lors qu’elle s’accompagne d’équité et de partage des ressources.
La posture qui rend tout cela possible
Rien de ce qui précède ne fonctionne sans une posture d’animation précise, et elle mérite d’être nommée.
L’animateur ou l’animatrice n’est pas un·e sachant·e qui transmet d’en haut, et il ne fait pas à la place des personnes. Mais c’est le point de départ, pas toute la posture. Son rôle premier est de créer un cadre sécurisant, un espace qui ne reproduit pas les rapports de domination présents dans la société, où chaque parole, chaque silence, chaque doute et chaque maladresse est légitime, et où l’erreur est une étape précieuse de l’apprentissage. C’est depuis ce cadre, et seulement depuis lui, qu’il facilite, questionne, relie et accompagne.
Sur les sujets écologiques, ce cadre est décisif. Les participant·es arrivent souvent avec un sentiment diffus de culpabilité, ou avec la crainte de dire une bêtise devant quelqu’un qui sait. Sans cadre, l’atelier se réduit à une conversation entre les convaincus.
S’y ajoute un ancrage. L’éducation à la citoyenneté mondiale relie le local et le global, mais le pouvoir d’agir se vit d’abord à l’échelle concrète du territoire. Agir, c’est peser sur son quotidien, son école, son immeuble, sa commune, en lien avec les autres et avec les acteurs locaux. Le mouvement va de l’individu au collectif, puis du collectif au territoire.
Explorer la filière
La transition écologique juste, expliquée. Le mot juste n’est pas un ornement. Définition de référence, inégalités face au climat, et ce qui distingue une transition partagée d’une transition subie.
Animer un atelier de sensibilisation à l’écologie. La méthode en cinq temps, du cadre d’accueil à la parole finale des participants, illustrée par deux déroulés d’atelier e-graine.
Éduquer au changement climatique. Ce que les publics savent déjà, ce qui bloque quand même, et comment le jeu de rôle du Tribunal du changement climatique déplace le sujet.
Sensibiliser à la biodiversité. Un sujet abstrait par les chiffres, immédiat par l’observation. Retour sur un parcours de six séances mené en collège, jusqu’à l’exposition finale.
Vers une sobriété énergétique juste et désirable. Sobriété et efficacité, précarité énergétique, attachements des personnes : comment parler d’énergie sans humilier personne.
Réduire ses déchets au quotidien. La bonne hiérarchie des gestes, qui commence à l’achat et non au tri, et ce que l’action individuelle ne peut pas résoudre seule.
Accompagner les habitants d’un quartier à réduire leurs déchets. Trois ans aux Aubiers à Bordeaux : méthode, actions, résultats et enseignements réutilisables ailleurs.
Mobiliser un territoire autour de la transition. Pourquoi une stratégie ne suffit pas, comment trois territoires pilotes ont fait cause commune, et la méthode de diagnostic employée.
Accompagner vers les métiers de la transition écologique. Métiers verts et verdissants, freins d’accès pour les jeunes des quartiers, et les quatre phases du dispositif Vert l’Emploi.
Éducation à l’environnement et au développement durable. EE, EEDD, EDD, citoyenneté mondiale : les repères pour s’y retrouver, et le cadre dans lequel e-graine se reconnaît.
Questions fréquentes sur l’éducation populaire et la transition écologique
Qu'apporte l'éducation populaire à la transition écologique ?
Elle apporte l’appropriation, qui est le point de blocage principal. Là où une campagne d’information transmet un message, l’éducation populaire part de l’expérience des personnes, valorise les savoirs pratiques déjà présents, y compris ceux des milieux populaires, et organise des espaces où l’on décide et agit collectivement. C’est ce qui permet d’embarquer des publics que les dispositifs classiques n’atteignent pas.
Quelle différence entre sensibilisation et éducation populaire ?
La sensibilisation diffuse des savoirs à un public. L’éducation populaire y ajoute la coproduction de connaissances, en confrontant les savoirs théoriques au vécu de chacun, et l’animation d’espaces d’échange et d’action. Les deux ne s’opposent pas : la sensibilisation peut être une composante d’une démarche d’éducation populaire.
e-graine intervient-elle auprès des collectivités ?
Oui. Le mouvement accompagne des collectivités, des bailleurs sociaux, des établissements scolaires et des entreprises, depuis l’atelier ponctuel jusqu’au projet de territoire pluriannuel. e-graine a notamment mené, avec le Labo de l’ESS et la Fabrique des transitions, des diagnostics participatifs sur trois territoires pilotes.
Comment participer à une action e-graine près de chez soi ?
Le mouvement est composé d’associations locales implantées dans plusieurs régions. Selon les territoires, il est possible de participer à un atelier, de devenir bénévole, de se former à l’animation ou de porter un projet avec l’équipe locale. Le plus simple est de contacter l’association de sa région.
Aller plus loin
aire de la transition écologique un projet partagé plutôt qu’une contrainte subie : c’est l’ambition que porte e-graine, mouvement d’éducation populaire à la citoyenneté mondiale, et c’est ce qui relie les dix pages de cette filière. Le champ économique est traité par notre filière ESS et transition écologique, la dimension démocratique par notre filière éducation populaire et démocratie participative, et le travail avec les jeunes par notre filière éducation populaire et jeunesse.
Vous êtes habitant, parent, enseignant, animateur ou bénévole : rapprochez-vous de l’association e-graine de votre région pour participer, vous former ou vous engager. Vous représentez une collectivité, un bailleur, un établissement ou une fondation : parlons du parcours ou de la démarche de territoire que vous souhaitez construire.
