La transition écologique juste :
définition, enjeux et leviers d’action

On demande aujourd’hui à tout le monde de changer ses habitudes. Mais tout le monde n’a pas les mêmes marges de manœuvre. Celui qui peut isoler sa maison, changer de voiture ou acheter en vrac ne vit pas la même transition que celui qui compte chaque euro à la fin du mois. C’est de ce constat que part la notion de transition écologique juste. Sa définition tient en une idée simple : une transformation qui atteindrait ses objectifs environnementaux en aggravant les inégalités n’aurait pas réussi. Elle aurait échoué deux fois.

Ce que veut dire « transition écologique juste »

La définition de référence est celle du Labo de l’ESS, le think tank de l’économie sociale et solidaire : une transformation radicale et démocratique de notre société, visant à assurer tant la soutenabilité écologique de cette dernière qu’une réponse digne et suffisante aux besoins de toutes et tous, et l’émancipation de chacune et chacun.

Trois exigences se tiennent donc ensemble.

La soutenabilité écologique d’abord. Nos modes de production et de consommation doivent tenir dans les limites de la planète. Ce n’est pas négociable, et c’est ce que recouvre le mot transition dans son acception la plus courante.

La dignité ensuite. Une transition juste ne se contente pas de réduire des émissions, elle garantit à chacun de quoi vivre décemment. Le logement, l’alimentation, la mobilité, l’énergie ne sont pas des variables d’ajustement.

L’émancipation enfin. C’est l’exigence la moins évidente et la plus décisive. Il ne s’agit pas seulement d’assurer un niveau de vie décent, mais de développer le pouvoir d’agir des personnes. La remise en cause du fonctionnement actuel de nos sociétés est autant une nécessité qu’une opportunité d’épanouissement.

Retirez l’une des trois, et l’ensemble se déséquilibre. Une écologie sans justice sociale devient punitive. Une justice sociale sans écologie devient intenable. Et les deux sans émancipation deviennent une gestion technocratique de la contrainte.

Pourquoi ajouter le mot « juste » change tout

Les plus exposés sont les moins responsables

Les inégalités face au dérèglement climatique se jouent à plusieurs échelles. Le rapport sur les changements climatiques et la pauvreté publié en juin 2019 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme le formule clairement : l’impact du dérèglement sera disproportionné sur les plus pauvres, par leurs lieux de vie, leurs faibles revenus et leur faible capacité à s’adapter.

Ce sont à la fois les pays et les individus les plus modestes qui subiront le plus de conséquences, tout en y ayant contribué bien moins que les plus riches. Réciproquement, les plus responsables sont aussi les moins vulnérables. Ce n’est pas un argument moral, c’est une donnée de départ. Elle change la façon dont on peut légitimement s’adresser aux gens.

Le débat public sur l’écologie fracture au lieu de rassembler

Deuxième constat, moins souvent formulé. La note stratégique coproduite en 2023 par le Labo de l’ESS et e-graine relève que la parole publique sur la transition écologique demeure essentiellement portée par les classes économiquement favorisées, dans un langage et selon des approches socialement situées qui tendent à exclure les classes populaires de la participation active au débat et aux espaces de décision.

Le même document pointe une seconde mécanique : le débat autour des enjeux écologiques, tel qu’il est majoritairement appréhendé, tend à se focaliser sur les oppositions et les conflits, entre générations, entre milieux sociaux et cultures, entre territoires. Il alimente les tensions plutôt qu’il ne construit du commun.

Il faut y ajouter une inégalité peu visible. Les savoirs et savoir-faire empiriques, issus de pratiques ancrées dans le quotidien et à l’échelle locale, pour partie inscrits dans la culture des milieux populaires, restent peu pris en compte et peu valorisés. Réparer plutôt que remplacer, cuisiner à partir de peu, faire durer, s’entraider entre voisins : autant de compétences utiles à la transition, rarement reconnues comme telles.

Une transition technocratique ne tient pas dans la durée

Troisième raison, la plus pragmatique. Une transition qui s’impose depuis des cercles centralisés et élitistes de décision est perçue comme punitive ou lointaine. Elle peut produire des résultats à court terme sous la contrainte, elle ne s’ancre pas dans les modes de vie. Or c’est précisément d’un changement de modes de vie qu’il est question.

Transition juste ou transition subie : la différence se joue sur la méthode

Ce qui distingue les deux n’est pas le niveau d’ambition, c’est la manière.

Pour être juste, la transition écologique doit être mise en œuvre de façon démocratique, en privilégiant autant que possible la définition collective des besoins et la co-construction des réponses à y apporter, en particulier à l’échelle territoriale, en associant activement les habitants et les habitantes, et notamment les personnes en situation de précarité.

Ce n’est pas un supplément d’âme participatif ajouté à une décision déjà prise. C’est la condition pour que la transformation tienne, parce qu’une transition subie se défait dès que la contrainte se relâche.

Lors de la restitution publique de l’étude-action menée sur ce sujet, en octobre 2025, David Cluzeau, délégué général d’Hexopée et président de l’UDES, résumait l’enjeu d’une formule reprise de l’étude : concilier la fin du mois et la fin du monde au profit d’un même combat. Et il ajoutait une question qui vaut programme de travail : le « comment on embarque la société » compte autant que le « quoi changer ».

Ce que l’éducation populaire apporte à la transition juste

Trois apports, simples à énoncer et exigeants à mettre en œuvre.

Partir de l’expérience des personnes sans jamais la disqualifier. Les démarches d’éducation populaire considèrent que chacun, quel que soit son degré de connaissance du sujet et son degré d’engagement, détient par son expérience personnelle des connaissances et des compétences utiles à la transition. On commence donc par ce que les gens vivent, pas par ce qu’il faudrait qu’ils sachent.

Relier le local et le global. S’approprier la transition écologique suppose de pouvoir faire le lien entre sa situation personnelle, son environnement immédiat et une dimension plus systémique. L’inverse, entrer par le systémique, constitue rarement un point d’entrée attrayant ou intelligible.

Mêler la réflexion et l’action. L’acquisition de savoirs n’est pas une fin en soi, c’est un levier pour l’action et l’engagement citoyen. Cette démarche collective d’échange a une portée émancipatrice précisément parce qu’elle débouche sur quelque chose.

Une précision utile, parce que les mots se confondent souvent. L’éducation populaire ne se réduit pas à la sensibilisation. La sensibilisation peut en être une composante, mais l’éducation populaire y ajoute des méthodes qui permettent la coproduction de connaissances, en confrontant les savoirs théoriques ou académiques au vécu de chacun, et l’animation d’espaces d’échange et d’action. Notre page consacrée à l’éducation à l’environnement et au développement durable.

La transition juste, l’un des quatre objectifs de transformation d’e-graine

« Une transition écologique plus juste » n’est pas pour e-graine un thème parmi d’autres. C’est l’un des quatre objectifs de transformation sociale qui structurent le projet associatif du mouvement, aux côtés d’une économie plus vertueuse, d’une démocratie plus participative et de sociétés plus inclusives.

Ce que cette aspiration engage concrètement : accélérer l’adoption de modes de vie plus sobres et conviviaux, prôner un changement systémique qui mobilise l’ensemble des populations y compris les plus vulnérables, et refuser que le coût des transitions soit porté par celles et ceux qui sont déjà les plus fragiles. Il s’agit aussi de sortir d’une lecture qui n’insiste que sur les pertes, pour regarder ce que nous avons à gagner, individuellement et collectivement, dans ce processus.

Cette conviction, e-graine ne la porte pas seule. En 2023, le mouvement a coproduit avec le Labo de l’ESS une note stratégique sur le rôle de l’éducation populaire dans la transition écologique juste des territoires. Cette note a donné naissance à une étude-action menée à partir de 2024 avec la Fabrique des transitions, alliance de territoires engagés dans la transition, sur trois terrains pilotes : l’Eurométropole de Strasbourg, la Communauté urbaine de Dunkerque et la Ville de Bergerac. Nous détaillons ces enseignements sur la page consacrée à la façon de mobiliser un territoire autour de la transition, et la filière ESS traite l’articulation entre ESS et transition écologique.

Par où commencer, à son échelle

La question qui vient toujours ensuite : et moi, concrètement, je fais quoi ?

Le déplacement le plus utile n’est pas d’allonger la liste des gestes, c’est de sortir de l’isolement. Un geste individuel répété seul s’épuise vite, parce qu’on ne voit pas son effet et qu’on doute de son utilité. La même démarche menée avec d’autres, sur un lieu de vie concret, produit deux choses : un résultat visible et une capacité collective qui reste après.

Développer son pouvoir d’agir, c’est aussi peser sur son quotidien, son école, son immeuble, son quartier, en lien avec les acteurs de son territoire. C’est le fil de toute cette filière. Selon ce qui vous concerne le plus, vous pouvez continuer par la sobriété énergétique, juste et désirable, par la façon de réduire ses déchets au quotidien ou par l’éducation au changement climatique.

Et si votre question est plutôt celle de la transmission, parce que vous enseignez, animez ou encadrez un groupe, notre page consacrée à la façon d’animer un atelier de sensibilisation à l’écologie montre comment ces principes se traduisent en séance.

Questions fréquentes sur la transition écologique juste

Quelle est la différence entre transition écologique et transition écologique juste ?

La transition écologique désigne la transformation de nos modes de production et de consommation pour respecter les limites de la planète. La transition écologique juste y ajoute deux exigences indissociables : que cette transformation réponde dignement aux besoins de toutes et tous, et qu’elle soit décidée démocratiquement plutôt qu’imposée d’en haut. Sans ces conditions, elle aggrave les inégalités et ne tient pas dans la durée.

Pourquoi parle-t-on d'écologie punitive, et comment y échapper ?

L’expression traduit un ressenti réel : celui de personnes à qui l’on demande des efforts alors qu’elles ont peu de marges de manœuvre, et qui ne participent pas aux décisions. On y échappe en associant les habitants à la définition des besoins et à la construction des réponses, et en veillant à ce que le coût de la transition ne pèse pas sur les plus fragiles.

La transition écologique va-t-elle coûter plus cher aux plus modestes ?

C’est le risque, si rien n’est fait pour l’éviter. Les personnes en situation de précarité sont à la fois les plus exposées aux effets du dérèglement climatique et les moins armées pour s’adapter. C’est pourquoi la transition juste pose comme condition que la transformation n’aggrave pas ces écarts, et qu’elle améliore d’abord le confort et l’autonomie de celles et ceux qui en manquent.

Qu'est-ce que l'éducation populaire apporte concrètement à la transition écologique ?

Elle apporte la capacité à embarquer des publics que les campagnes d’information n’atteignent pas. Elle part du vécu des personnes plutôt que d’un message à transmettre, elle valorise les savoirs pratiques déjà présents, et elle organise des espaces où l’on décide et agit collectivement. Autrement dit, elle travaille sur l’appropriation, qui est le point de blocage principal.

Aller plus loin

Une transition juste ne se décrète pas depuis un bureau, elle se construit là où les gens vivent. C’est ce que fait e-graine, mouvement d’éducation populaire, à travers ses ateliers, ses parcours et ses projets de territoire, dans le cadre plus large de l’éducation populaire et de la transition écologique.

Vous êtes habitant, enseignant, animateur ou bénévole : découvrez les animations et les parcours proposés par l’association e-graine de votre région. Vous représentez une collectivité, un bailleur, un établissement ou une fondation : parlons de la démarche de transition juste que vous souhaitez engager sur votre territoire.