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INTERVIEW : Julien Mast, membre du CESE « Passer du constat à l’action »

7 Oct 2026

Article sur notre protocole contre les violences

Co-président de l’Union des associations e-graine, Julien Mast a été nommé au Conseil économique, social et environnemental par le Mouvement Associatif, au titre de la vie associative. S’il ne représente pas le mouvement e-graine dans cet espace, vingt ans d’engagement ont nourri son regard. Il revient sur son parcours, ses priorités et sa vision du rôle du CESE.

De la création d’e-graine en 2006 à ta nomination au CESE en avril, qu’est-ce qui a construit la reconnaissance d’e-graine en vingt ans, et qu’en as-tu appris ?

Depuis le début, nous avons consacré beaucoup de temps à élaborer collectivement notre vision, notamment à travers nos projets associatifs. À confronter ce que nous vivions sur le terrain, les réalités des différents territoires, avec ce que nous comprenions des évolutions de la société, des politiques publiques et du monde. Nous avons essayé de penser les sujets de manière systémique, en acceptant de ne jamais tout savoir. Cette humilité n’empêche pas d’avoir une parole ferme : elle oblige simplement à savoir d’où elle vient.

Nous avons aussi cherché à nous inscrire en complémentarité des politiques publiques plutôt que de faire à leur place ou à côté d’elles. D’abord par nos actions éducatives, puis en participant à des espaces de dialogue, de coopération et de construction des politiques publiques, du local jusqu’au national.

À titre personnel, par mon expérience chez e-graine mais aussi dans le sport, la culture et l’action sociale, j’ai appris que le dialogue reste nécessaire, même lorsque les désaccords sont profonds. J’ai appris à mieux lire les systèmes et l’articulation entre différentes politiques publiques. À tenir ensemble l’urgence et le temps long. Surtout, j’ai appris la coopération : écouter avant de vouloir convaincre, accepter que son point de vue ne soit que la vue d’un point, et continuer à chercher comment avancer ensemble. Ce ne sont pas vingt ans de certitudes, mais vingt ans d’apprentissage.

Comment articules-tu tes différentes casquettes ?

Je ne crois pas beaucoup à l’idée de compartimenter complètement les casquettes. Je ne suis qu’une seule personne et j’essaie de vivre chaque instant dans son entièreté. Évidemment, cela ne signifie pas que toutes mes responsabilités se confondent.

Je siège au CESE au titre de la vie associative, après avoir été désigné par Le Mouvement associatif. Cela m’oblige à regarder beaucoup plus largement la diversité du monde associatif, ses réalités, ses contradictions et ses sensibilités.

Mais, vingt années au sein d’e-graine ont forcément construit une partie de ma manière de regarder le monde. J’y ai développé une certaine vision du rôle des associations : une composante essentielle de notre architecture sociale et démocratique, pas seulement des prestataires auxquels on déléguerait à moindre coût une partie de l’action publique. Des millions de personnes s’y organisent pour répondre à des besoins, créer du lien, expérimenter, défendre des causes et fabriquer du commun.

Cela ne signifie pas pour autant de les idéaliser. Elles doivent aussi coopérer davantage avec les autres acteurs de l’ESS et les pouvoirs publics, et parfois dépasser leurs guerres de chapelle. Les associations n’ont pas le monopole de l’éthique ni de l’intérêt général.

Tout est donc lié, mais tout ne se confond pas. L’essentiel est de toujours savoir depuis quelle place je parle, avec quelle légitimité et au nom de qui.

Sur quels sujets souhaites-tu particulièrement contribuer pendant cette mandature, et pourquoi ?

Le fil rouge pourrait être assez simple : comment rendre notre monde habitable, juste et démocratique dans une période de profondes transformations ? Nous sommes aujourd’hui totalement interdépendants. Le climat, les ressources, l’économie, les migrations, l’alimentation ou les conflits ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. C’est ce que je mets derrière la citoyenneté mondiale : prendre acte du fait que nous habitons un même monde et apprendre à organiser démocratiquement nos interdépendances.

L’habitabilité ne peut pas être seulement écologique. Elle oblige à repartir des conditions concrètes d’une vie digne : se loger, avoir accès à l’eau, à une alimentation saine et durable, à la santé. Les expérimentations autour de la sécurité sociale de l’alimentation sont intéressantes parce qu’elles interrogent simultanément le droit à l’alimentation, la démocratie, le système agricole et la transition écologique.

Je voudrais aussi travailler cette question : comment organiser notre économie à l’interface entre les limites planétaires et un plancher social permettant à chacun de satisfaire ses besoins essentiels ?

Rien de cela ne réussira sans démocratie ni éducation populaire, qui doit accompagner chacun, tout au long de sa vie, pour comprendre son environnement, développer son esprit critique et retrouver une capacité à agir. Et une société juste ne laisse personne de côté : migrations, discriminations, égalité, interculturalité et solidarités font pleinement partie de cette réflexion.

Je retrouve là les quatre transformations sur lesquelles e-graine travaille : une transition écologique plus juste, une économie au service du bien commun, une démocratie plus participative et des sociétés plus inclusives. Elles sont indissociables.

Le CESE a un rôle consultatif. Peut-il vraiment influencer les politiques publiques ?

Il faut d’abord regarder le CESE sur le temps long : la représentation organisée des forces économiques et sociales appartient à notre architecture constitutionnelle depuis 1946. L’institution a traversé les époques, s’est transformée et, avec la réforme de 2021, a encore renforcé sa fonction de dialogue entre société civile, pouvoirs publics et citoyens.

La nouvelle mandature fixe à mes yeux une ambition intéressante : faire du CESE une institution davantage ancrée dans le réel, capable à la fois de travailler dans le temps long et d’être réactive, de percevoir des signaux faibles et surtout de produire ses travaux au bon moment.

Son influence commence parfois même qu’un avis soit produit. Un sujet peut arriver au CESE à la demande du Gouvernement ou du Parlement. Mais les citoyens disposent aussi d’une voie directe : une pétition peut le saisir à partir de 150 000 signatures, dès 16 ans. L’un des enjeux, pour le groupe Associations, est de mieux faire connaître ces outils aux associations et aux collectifs citoyens.

Ensuite, nos préconisations doivent être suffisamment concrètes pour être utilisées. Mais un excellent avis rendu trop tard peut avoir des effets limités : nous avons un travail d’architecte, pour articuler nos travaux avec le calendrier des politiques publiques et être parfois en avance de phase. L’enjeu est de faire du CESE un maillon de la transformation des politiques publiques.

Dans trois ans, à quoi saurais-tu que ton passage a été utile ?

C’est difficile de répondre après quelques mois de mandat, et mon utilité ne pourra pas être pensée indépendamment de ce que nous produirons collectivement. Mais je voudrais pouvoir montrer que certains constats ont débouché sur des décisions, et que ces décisions ont commencé à transformer les choses. Une politique publique ne change pas la vie parce qu’elle est bien écrite, mais parce qu’elle est financée, mise en œuvre dans les territoires, comprise, appropriée, évaluée et améliorée.

Je retrouve ici les trois verbes de notre nouveau projet associatif : comprendre, relier, transformer. Et aucune institution ne transforme seule la société : il faut des alliances entre citoyens, associations, entreprises, syndicats, collectivités, Gouvernement, Parlement, scientifiques et territoires. La coopération n’est pas seulement une valeur, c’est une stratégie de transformation.

Mon critère sera donc simple : sommes-nous parvenus à passer du constat à l’action ? Si nous avons créé des coopérations nouvelles et rendu certains désaccords productifs, alors nous aurons été utiles.

Pour aller plus loin : comprendre, relier, transformer. Découvrez le nouveau projet associatif d’e-graine et la vision qui guide notre action.

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