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Quand les conseils de crèches deviennent un projet coopératif

16 Mar 2026

Mathilde est trésorière d'e-graine Hauts-de-France

En mai 2024, e-graine Nouvelle Aquitaine (EGNA), l’Agence Nationale de Cohésion des Territoires (ANCT) et Val de Garonne Agglomération (VGA) se sont associés pour concevoir et expérimenter un nouveau format de conseils de crèches.

Objectif : rassembler parents, professionnels et élus pour améliorer la qualité de l’accueil des jeunes enfants sur l’ensemble du territoire. Sophie Aouizerate a été missionnée par EGNA pour piloter ce projet. Elle vous raconte.

VGA compte 17 structures de deux types : celles qui accueillent des enfants avec des professionnels fonctionnaires dédiés (comme les crèches), et celles qui sont un lieu ressource pour les assistantes maternelles indépendantes, appelés Relais Petite Enfance. Elles se rendent au Relai pour travailler la socialisation des enfants et leur permettre d’accéder à des activités variées. Elles peuvent aussi s’y former en dehors de leurs heures de travail.

Plusieurs enjeux contextuels et liés à la participation

Jusqu’ici, les conseils de crèche étaient organisés par établissement, sur des sujets locaux liés au quotidien. Ils ne permettaient pas toujours de relier ces échanges à la vision globale de la politique Petite Enfance de VGA. Au-delà des difficultés organisationnelles pour animer les 34 réunions par an, l’élue de référence et la direction du Pôle Petite Enfance ont constaté que celles-ci se limitaient souvent à des temps de régulation interne entre professionnels et usagers.

Le nouveau format des conseils vise à dépasser les sujets internes à chaque structure pour regarder en quoi ils concernent l’ensemble du territoire, et comment ils peuvent alimenter la politique Petite Enfance. Cette intention amènent plusieurs enjeux que je formule ainsi :

    • Comment accompagner les parents pour qu’ils relient leurs préoccupations légitimes concernant leur enfant, à un sujet plus global ?
    • Comment s’assurer que les parents participant au conseil, représentent l’ensemble des familles ?
    • Quelle place proposer aux assistantes maternelles, qui sont à la fois professionnelles et utilisatrices des structures ?
    • Comment aider les agents à inscrire leur pratique dans la politique territoriale ?
    • Quelle place auront les élus des communes, invités dans cette instance ?
    • Comment s’assurer que ces instances débouchent sur des actions concrètes et utiles pour les enfants, leurs familles et les professionnels ?

J’ai proposé que ces enjeux soient partagés d’abord en interne de la collectivité, puis avec l’ensemble des parties prenantes. En effet, ces questionnements sont vivifiants ! Ils obligent à regarder les limites pour se demander comment se relier aux personnes qui utilisent les services publics. Ces questionnements donnent à voir l’inconnu, la part non maîtrisée par les acteurs (collectivité ou parents) et permettent de se rendre disponible à l’expérimentation.

Les principes d’action retenus

Avant le démarrage de l’accompagnement, les élus et la direction du Pôle Petite Enfance ont acté plusieurs principes :

    • Une cheffe de projet, également directrice d’une des crèches, assure la cohérence stratégique et opérationnelle.
    • Les conseils sont organisés à l’échelle de 4 secteurs géographiques regroupant crèches et relais.
    • Ces conseils regroupent parents, assistantes maternelles, responsables des structures du secteur, élus et membres de la direction.
    • Un équilibre entre usagers et techniciens facilite les prises de paroles des habitants.
    • L’objectif reste clair : il vise l’amélioration de la qualité de l’accueil des enfants et de leur famille.

J’ai choisi d’axer l’expérimentation sur le soin apporté aux relations entre les personnes. L’enjeu principal de ce type d’instance touche la qualité relationnelle entre les groupes d’acteurs et au sein de chacun de ces groupes. Nous avons donc démarré l’expérimentation par identifier avec chaque responsable, les endroits de dialogue qui existaient déjà, avec les parents et les assistantes maternelles. En identifiant les conditions de réussite de ces endroits et les pratiques à l’oeuvre, nous avons pu appréhender plusieurs axes de travail :

    • Comment inviter les parents et assistantes maternelles à participer aux conseils ?
    • Comment les accompagner pour représenter les autres parents ou assistantes maternelles qui ne seront pas présents aux conseils ?
    • Comment suivre les sujets ouverts lors des conseils ?

Les résultats

Le processus d’expérimentation s’est étalé sur 18 mois avec pour objectif de rendre les services et élus autonomes dans le pilotage des nouveaux conseils. Pour ce faire, nous avons travaillé l’appropriation des repères méthodologiques tout au long, en animant une formation-action, des comités de pilotage réguliers et des temps d’échanges préparatoires avec la cheffe de projet. L’articulation de ces espaces différents ont donné corps à un processus coopératif qui a facilité :

    • Un partage des enjeux transversaux aux structures.
    • Une implication de tous les professionnels de la Petite Enfance.
    • Une relation fluide avec la direction et l’élue de référence, ce qui a renforcé le sens de l’action.
    • Une co construction du nouveau dispositif des conseils avec toutes les parties prenantes.
    • Un accompagnement spécifique des parents et assistantes maternelles pour qu’ils puissent plus facilement prendre la parole pendant le conseil
    • Et qu’une réelle prise en compte de leurs paroles soit visible.
    • Le développement de projets commun entre les responsables, sur un même secteur géographique.

En juin 2024, la première journée de formation-action se tenait. A peine 6 mois plus tard, nous co-animions les conseils Petite Enfance dans leur nouvelle version imaginée ensemble. La collectivité a investi pleinement la liberté de parole et la proximité avec les citoyens lors de ces instances. Elle a acquis les compétences pour ajuster le déroulé de chaque conseil en fonction des enjeux, tout en conservant la finalité : améliorer la qualité d’accueil des enfants et de leurs familles.

Nous avons mené un bilan de l’expérimentation qui a fait ressortir les apprentissages de chaque partie prenante. Je vous partage ici quelques verbatims des agents de VGA :

“J’ai appris que les parents sont capables de se décentrer de leur préoccupation lié à leur enfant”

“On est parti d’un objectif et on est arrivé à quelque chose de pas prévu mais qui est très cohérent !”

“Cette approche permet de travailler l’écart entre la vision politique et les attentes du terrain”

“Les assistantes maternelles ont enfin une vraie place, sans jugement”.

Qui Suis-je ?

Sophie Aouizerate

Sophie Aouizerate, j’accompagne les collectivités et les associations à mettre en place des projets avec les personnes concernées, et ainsi à développer des compétences de maturité coopérative (concept défini par l’InsTerCoop).

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