Parler des migrations avec les jeunes : par où commencer
Une question posée dans la voiture. Une phrase entendue à la télévision et répétée à table. Un débat qui s’invite en classe sans avoir été prévu. Parler des migrations avec les jeunes arrive rarement au moment choisi, et souvent avec la peur de mal dire. Cette page ne propose pas un discours à tenir. Elle propose des repères pour poser le sujet selon l’âge, une posture d’adulte qui tient dans la durée, et quelques manières d’aborder les migrations autrement qu’en cours magistral.
Pourquoi ce sujet met les adultes mal à l’aise
La crainte est presque toujours la même : heurter, politiser, ou se retrouver sans réponse. Elle est légitime, et elle repose sur un malentendu tenace.
Le rôle de l’adulte n’est pas de délivrer la bonne réponse. Il est de proposer de vivre autre chose et de décaler le regard. Il n’est pas nécessaire d’être expert·e des migrations pour cela. Il est en revanche très utile de savoir dire « je ne sais pas », « on va chercher », ou « voilà ce que j’en pense, et toi ? ». Un·e adulte qui doute à voix haute enseigne davantage l’esprit critique qu’un adulte qui récite.
Poser un cadre avant de poser le sujet
Aucune animation ne fonctionne sans cadre, et sur ce sujet moins que sur tout autre.
Un cadre, c’est un espace où il n’y a pas de mauvaises questions, où l’on peut débattre de tout dès lors que c’est dans le respect de toutes et tous, et où le doute, le silence et le désaccord sont légitimes. C’est un espace qui ne reproduit pas les rapports de force de la société, où chacun a sa place quelles que soient sa langue, son histoire ou sa manière d’apprendre. Et c’est un espace où se tromper fait partie de l’apprentissage.
Ce cadre se prépare en amont. Prenez le temps de connaître le groupe et d’anticiper les situations personnelles qui pourraient mettre un jeune en porte-à-faux. Une classe compte souvent des jeunes directement concernés par une histoire migratoire, la leur ou celle de leur famille. La vigilance essentielle tient en une règle : ne jamais transformer un jeune concerné en témoin obligé. Il peut choisir de parler, il ne doit jamais devoir le faire.
Des repères selon l’âge
Avec les plus jeunes
Partez du concret et du vécu. Les migrations ne sont pas un sujet lointain : elles traversent nos histoires familiales, nos noms, nos recettes, nos mots. Une carte, un album, un plat, une langue parlée à la maison sont des portes d’entrée bien plus solides qu’une explication géopolitique.
Évitez les chiffres. Ils n’aident pas à cet âge, et ils installent l’idée que le sujet est d’abord une affaire de quantité. Préférez les histoires singulières. Derrière chaque migration, il y a un individu et une histoire, et c’est cela qu’un enfant peut saisir. La question « pourquoi quelqu’un part-il de chez lui ? » vaut mieux que n’importe quelle statistique.
Avec les adolescents
Cherchez l’angle qui les concerne. Un sujet abordé de front, sans lien avec leur quotidien, glisse sur eux. Un sujet accroché à une actualité, à un film, à une expérience du quartier ou du lycée tient beaucoup mieux.
Inscrivez-vous dans la durée plutôt que dans l’intervention unique, et insérez-vous dans un travail existant plutôt que d’ouvrir un chapitre isolé. Mettez-les en position d’exercer leur esprit critique, pas de recevoir un contenu : ce sont elles et eux qui doivent apporter des réponses, pas vous. Veillez à ce qu’ils soient souvent en mouvement, ce qui libère la parole et évite que le temps ne ressemble à un cours. Et si possible, faites-leur produire quelque chose : un récit, une exposition, un petit reportage, un événement. Ce qui a été fabriqué reste.
La posture de l’adulte : quelques repères concrets
Animez et relancez sans jamais accaparer la parole. Chaque réponse doit être une occasion d’échanger, pas de clore un débat. L’important n’est pas de convaincre, c’est que ça débatte.
Décentrez-vous. Incluez-vous dans les échanges de façon égalitaire, posez des questions ouvertes plutôt que de fournir des conclusions. Parlez de ce que vous avez vu, de ce que vous avez vécu, de ce qui vous questionne, de pourquoi vous vous engagez, plutôt que de ce que vous savez. C’est plus juste, et c’est plus mobilisateur.
Face à un propos extrême, ne fuyez pas et ne coupez pas. Demandez plus d’explications, reformulez, définissez des limites claires. Il est parfois utile d’improviser un débat mouvant pour faire bouger physiquement les positions. Rappelez le principe de tolérance, et reconnaissez le courage qu’il y a à exprimer une opinion personnelle devant un groupe.
Intervenez à plusieurs quand c’est possible, l’un animant, l’autre observant ce qui se passe réellement dans la salle. Et prévoyez toujours un temps de bilan, d’abord avec les jeunes, ensuite entre adultes. C’est souvent là que se dit l’essentiel.
Faire vivre le sujet autrement
Certains détours disent mieux que les mots. En Hauts-de-France, le projet VISA VIE, mené par e-graine avec la compagnie de cirque La Meute, a accompagné des jeunes de l’École régionale de la deuxième chance Grand Hainaut à Anzin dans la découverte des enjeux liés à l’interculturalité et aux parcours migratoires, par l’expression artistique.
Ce que permet ce type de détour est précieux. Le corps, le jeu et la création ouvrent un espace où l’on peut exprimer ce qui ne se formule pas frontalement, y compris pour des jeunes que le format scolaire met en difficulté. Le sujet n’est pas allégé, il est abordé autrement.
Pour les dispositifs mobilisables en classe, expositions, mallettes et parcours, consultez nos outils pédagogiques sur les migrations pour les scolaires. Pour travailler spécifiquement les représentations en groupe, découvrez nos ateliers interculturels.
Questions fréquentes pour parler des migrations avec les jeunes
Comment expliquer les migrations à un enfant ?
En partant du concret et du vécu plutôt que des chiffres. Les histoires familiales, les prénoms, les langues et les plats sont des portes d’entrée accessibles. L’idée à transmettre est simple : les gens se déplacent depuis toujours, et derrière chaque départ il y a une personne et une histoire.
À quel âge peut-on aborder les migrations avec un enfant ?
Très tôt, à condition d’adapter la forme. Dès l’école primaire, le sujet peut se travailler par le récit et l’histoire familiale. Les dispositifs pédagogiques dédiés d’e-graine sont conçus pour les 12-25 ans, donc à partir du collège.
Que faire si un jeune tient des propos racistes pendant l'échange ?
Ne pas laisser passer, sans dramatiser. Demandez ce qu’il entend précisément et d’où lui vient cette idée, reformulez, posez une limite claire. On vise les propos, jamais la personne. Il est souvent plus efficace de faire réagir le groupe que de trancher soi-même.
Faut-il donner des chiffres aux enfants sur l'immigration ?
Avec les plus jeunes, non : les chiffres n’aident pas à comprendre et installent une lecture de quantité. Avec des adolescents, quelques repères fiables sont utiles pour désamorcer les exagérations, à condition de les sourcer et de montrer où on les a trouvés.
Faisons le premier pas ensemble
Parler des migrations avec les jeunes ne demande pas d’être expert, cela demande d’oser commencer. Parents, enseignantes et animateurs, découvrez nos outils et nos parcours pour vous appuyer sur des supports éprouvés. Structures jeunesse, établissements et collectivités, construisons ensemble une intervention adaptée à votre public. Pour situer ce travail dans notre approche globale, découvrez notre page éducation populaire et migrations.
