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Accompagner les habitant·es d’un quartier
à réduire leurs déchets

Dans un quartier, la question des déchets n’est presque jamais d’abord une question écologique. C’est une question de cadre de vie, de relations de voisinage et de considération : ce qui traîne au pied de l’immeuble dit quelque chose de la façon dont on se sent traité. Accompagner les habitants d’un quartier à réduire leurs déchets suppose de prendre ce point de départ au sérieux. Sinon, on arrive avec un message qui ne rencontre personne.

C’est ce qu’a mis en œuvre e-graine Nouvelle-Aquitaine aux Aubiers, à Bordeaux, dans le cadre du projet Mon Quartier Circulaire, de 2022 à 2024.

Partir d’un besoin exprimé, pas d’un objectif environnemental

L’association intervenait déjà sur le quartier des Aubiers depuis 2017, principalement en partenariat avec le centre d’animation, mais aussi avec des associations locales. Ce n’est pas une étude qui a fait émerger le sujet : c’est cette présence, et les échanges avec les habitant·es, les bailleurs, les acteurs associatifs et les représentants des collectivités, qui ont permis d’identifier un enjeu fort autour du cadre de vie, fortement lié à la gestion des déchets.

L’appel à projet lancé par Bordeaux Métropole en 2021, visant à accompagner les habitant·es de la métropole à réduire leurs déchets, a ensuite permis de déployer la démarche.

Le projet répondait à trois besoins identifiés par un diagnostic mené sur le territoire : le bien-être lié au cadre de vie et le renforcement du lien social, la réduction des déchets et la propreté, et l’engagement des habitant·es dans la transition écologique.

À cela s’ajoutait un enjeu économique et social assumé. Sur ce quartier, le taux de chômage des moins de trente ans avoisinait les 30 %, contre 10,9 % pour l’ensemble de la commune de Bordeaux selon les données INSEE de 2019, et la part des emplois précaires y était également plus élevée. La thématique des déchets devenait alors un levier : en changeant de regard sur les déchets, le secteur de l’économie circulaire peut ouvrir des espaces de rencontre, permettre d’acquérir de nouvelles compétences et faire découvrir des métiers.

Trois ans, trois temps

Le phasage est en soi un enseignement, parce qu’il contredit l’idée qu’un projet de ce type se boucle en une année.

La première année a été consacrée au diagnostic et à une enquête de terrain auprès des habitants du quartier. La deuxième année a été centrée sur l’ancrage et la visibilité de la présence de l’association autour des enjeux de gestion des déchets. La troisième année a confirmé l’engagement des parties prenantes, consolidé la dynamique collective et ouvert sur les métiers de l’économie circulaire. Une phase de transition du projet a suivi.

Le bilan consolidé le formule sans ambiguïté : la gestion des déchets est une thématique de long terme, et pour pérenniser les actions engagées, il est essentiel de leur donner de la visibilité et de la continuité, et de doter les habitants et les acteurs des moyens nécessaires pour agir. C’est un message adressé autant aux porteurs de projet qu’aux financeurs.

Ce qui a réellement été fait

L’inventaire des actions menées sur les trois ans, tel qu’il figure au bilan consolidé, donne la mesure de ce que recouvre concrètement l’accompagnement d’un quartier.

Un diagnostic et une enquête de terrain auprès des habitant·es. Sept ateliers pédagogiques dans les écoles du quartier. Onze stands en pied d’immeuble consacrés à la sensibilisation aux déchets. Dix-huit ateliers de deux heures pour les habitants, dont certains conçus en collaboration avec des structures du quartier. Trois fêtes du réemploi et de la propreté, co-organisées avec le conseil citoyen des Aubiers. Douze stands lors d’événements festifs. Un rallye des métiers de la transition avec France Travail. Quatre jours de formation.

S’y ajoutent deux réalisations construites avec le quartier plutôt que pour lui. Une charte de la propreté multi-acteurs, co-construite pendant quatre mois avec les gardiens d’immeuble et signée par plus de deux cents habitants. Et une signalétique engageante, élaborée avec une psychologue sociale du changement de comportement, puis co-imaginée avec une graphiste et le bailleur Aquitanis.

Le bilan fait état de plus de 160 acteurs du quartier mobilisés sur la thématique et de plus de 2 250 personnes touchées sur la durée du projet. Ces chiffres sont ceux de ce quartier et de cette période : ils donnent un ordre de grandeur, pas un standard de résultat.

Le détail de l’année 2024 illustre bien la texture du travail : 44 heures de stands et d’ateliers animés, permettant de rencontrer environ 400 personnes ; six stands en pied d’immeuble représentant dix heures d’animation et 192 personnes rencontrées ; quatre rendez-vous estivaux sur la place Ginette-Neveu ; seize heures d’ateliers lors d’événements festifs, dont un atelier de fabrication de bee-wraps mené avec l’association Espace Textile à partir de leurs chutes de tissu.

Les cinq enseignements qui valent pour d’autres quartiers

La coopération inter-acteurs est la condition, pas le bonus

Le bilan est formel : la coopération inter-acteurs est plus que jamais essentielle pour toucher un public large et renforcer la sensibilisation. L’exemple le plus parlant est celui des stands en pied d’immeuble. Leur réussite tient à la participation active des bailleurs et des gardiens d’immeuble, dont la présence a renforcé la relation de confiance avec les habitants et facilité les échanges. Un gardien connu de tous·tes ouvre des portes qu’aucune association extérieure n’ouvrirait seule.

D’autres structures se sont jointes à ces moments : Unis-Cité pour distribuer des jardinières et des graines, Bocal Local et la Maison du projet pour sensibiliser au compostage et distribuer des bacs.

Le festif n’est pas un gadget

Des temps réguliers, festifs et ancrés dans le quartier sont essentiels pour mobiliser et engager les habitants. La fête de la propreté en est l’exemple abouti : mobilisation préalable avec création de pancartes et distribution de flyers dans les boîtes aux lettres, grand ramassage des encombrants, moment convivial autour de beignets confectionnés par une habitante, stands animés par les structures locales, espace de dons où des objets ont été redistribués, et concert en fin de journée. Un camion de vingt mètres cubes a été rempli dans la journée.

Le format n’est pas un habillage sympathique posé sur un contenu sérieux. Il est ce qui permet à des personnes qui ne viendraient jamais à une réunion d’information de participer.

La présence informelle est indispensable

Sorties d’école, cafés des parents, cafés partenaires, temps informels du quartier : le bilan insiste sur ce point avec constance. C’est là que se crée le lien, que se recueillent les besoins réels et que se co-imaginent les projets suivants. Une présence limitée aux temps formels produit des actions justes sur le papier et sans écho sur le terrain.

Cela suppose aussi de participer aux instances de la mairie, aux réunions inter-acteurs, et de faire remonter les problématiques de gestion des déchets aux services compétents de la métropole. L’accompagnement d’un quartier comprend ce travail de courroie, rarement visible et souvent décisif.

Les habitant·es deviennent porteurs, pas destinataires

La deuxième édition de la fête de la propreté marque le basculement. Les membres du conseil citoyen ont joué un rôle moteur dans sa conception et son organisation, en prenant leur rôle d’ambassadeurs à cœur et en étant activement mobilisés le jour même. Certains ont spontanément récupéré des encombrants dans le quartier et jusque dans les étages pour optimiser la collecte. D’autres ont créé un espace de dons qui n’était pas prévu au programme.
C’est le signe qu’une dynamique tient : quand elle produit des initiatives que les porteurs du projet n’avaient pas imaginées.

Il faut des espaces d’échange qui manquent

Le bilan relève un fort besoin d’espaces d’échange entre habitants, entre habitants et collectivités, et entre habitants et acteurs du quartier. Ce besoin est en soi un résultat de diagnostic, et il dépasse largement la question des déchets. Le sujet des déchets en est souvent le prétexte, parce qu’il est concret, partagé et visible par tous.

La posture : faire avec, jamais à la place

Tout cela repose sur une posture, et elle mérite d’être nommée.

L’animateur·rice crée d’abord un cadre où chacun·e a sa place, sans rapport de force, puis ouvre un espace de dialogue et d’expérimentation. Sur les déchets en particulier, cela signifie ne pas arriver avec le message de la bonne pratique, mais commencer par une écoute active des besoins exprimés. Les ateliers menés aux Aubiers combinaient d’ailleurs les deux : rappels sur les consignes de tri et écoute des besoins, transmission et échange.

Cette démarche correspond à ce que l’on appelle un projet de coopération territoriale : une démarche pluri-acteurs, inscrite dans la durée, qui fait vivre une coopération autour d’une problématique partagée sur un territoire, et qui vise l’autonomisation de ce territoire. Trois marqueurs la caractérisent : la diversité des parties prenantes, la temporalité longue, et la co-construction continue.

Un mot d’honnêteté pour finir sur ce point : le bilan mentionne des actions co-construites et planifiées qui n’ont pas pu être réalisées dans le temps imparti du projet. C’est le lot de toute démarche qui laisse une place réelle aux habitant·es dans la conception, et cela vaut mieux qu’un programme tenu à la lettre parce que personne d’autre n’y a touché.

Monter un projet de ce type sur son territoire

Les conditions à réunir, telles que l’expérience les fait apparaître.

Un ancrage préalable, ou à défaut un partenaire local solide qui en dispose. Trois ans de projet aux Aubiers reposaient sur cinq années de présence antérieure.

Un bailleur et une collectivité réellement embarqués, pas seulement signataires. L’implication des gardiens d’immeuble a été l’un des facteurs les plus déterminants.

Une durée d’au moins deux à trois ans, et un financement qui suit sur cette durée.

Une place réelle laissée aux habitant·es dans la conception, avec ce que cela implique d’imprévu.

Et une articulation avec les services propreté et déchets de la collectivité, pour que les problématiques remontées trouvent une réponse.

Questions fréquentes sur les projets déchets de quartier

Combien de temps faut-il pour installer une dynamique déchets dans un quartier ?

Le projet mené aux Aubiers s’est déployé sur trois ans, avec une première année consacrée au diagnostic et à l’enquête de terrain, et il s’appuyait sur une présence antérieure de plusieurs années. La gestion des déchets est une thématique de long terme : une action ponctuelle sensibilise, elle n’installe pas de dynamique.

Comment mobiliser des habitant·es qui ne se sentent pas concerné·es par l'écologie ?

En n’entrant pas par l’écologie. Le cadre de vie, la propreté, le lien de voisinage et parfois l’emploi sont des portes bien plus larges. Les formats comptent autant que le sujet : présence sur les temps informels, stands en pied d’immeuble, événements festifs et conviviaux touchent des publics qu’aucune réunion n’atteindrait.

Quel est le rôle du bailleur social dans un projet de ce type ?

Il est central. Aux Aubiers, l’implication des bailleurs et des gardiens d’immeuble a renforcé la relation de confiance avec les habitants et facilité les échanges lors des stands en pied d’immeuble. Le bailleur a également été partie prenante de la conception de la signalétique du quartier.

Peut-on mesurer les résultats d'un projet de réduction des déchets de quartier ?

On mesure des indicateurs d’activité et de mobilisation, heures d’animation, personnes rencontrées, acteurs impliqués, actions co-construites, et l’on documente les évolutions qualitatives, appropriation du sujet par les acteurs locaux, initiatives spontanées des habitants. La mesure du volume de déchets évité à l’échelle d’un quartier relève, elle, des services compétents de la collectivité.

Réduire les déchets sur son quartier avec e-graine

Accompagner un quartier sur les déchets, c’est faire de la propreté une porte d’entrée vers autre chose : du lien, des compétences, et une capacité collective qui reste après le projet. C’est la façon dont l’éducation populaire aborde la transition écologique. Pour l’échelle individuelle, voyez notre page sur la façon de réduire ses déchets au quotidien ; pour l’échelle intercommunale, celle qui explique comment mobiliser un territoire autour de la transition ; pour le volet emploi, celle consacrée à la façon d’accompagner vers les métiers de la transition écologique ; et pour la dimension démocratique, notre page sur le pouvoir d’agir des habitants.

Bailleurs, collectivités et financeurs : échangeons sur un projet de quartier. Habitant·es, conseils citoyens et associations locales : rapprochez-vous de l’association e-graine de votre région.