Éduquer au changement climatique : 
donner les clés et l’envie d’agir

Jamais un sujet n’a été aussi documenté. Jamais l’écart entre ce que nous savons et ce que nous faisons n’a été aussi visible. C’est pourquoi l’éducation au changement climatique ne consiste plus, aujourd’hui, à informer. Elle consiste à rendre le sujet appropriable : compréhensible, discutable, et surtout praticable à l’échelle de ceux à qui l’on s’adresse.

Ce que les publics savent déjà, et ce qui bloque quand même

Commencer par supposer que les gens ne savent pas, c’est la meilleure façon de perdre la salle.

Les enquêtes menées auprès de la population française donnent une image assez nette. L’étude IPSOS d’avril 2023, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 11 000 personnes et reprise dans les travaux d’e-graine sur la sobriété à la maison, montre une très large majorité convaincue que le changement climatique est une réalité. La même étude indique que l’immense majorité a entendu parler de l’importance de réduire sa consommation d’énergie, essentiellement par les médias.

Le blocage n’est donc pas informationnel. La synthèse des sciences comportementales publiée par la Direction interministérielle de la transformation publique le décrit en trois temps : une volonté de réduire principalement motivée par des raisons financières, une lassitude qui s’exprime face à de nombreuses injonctions, une connaissance limitée des gestes réellement efficaces, et une perception des efforts trop élevée face à des bénéfices qui ne sont pas immédiatement perçus.

La conséquence pédagogique est simple : on part du niveau réel du public, pas d’un vide supposé. Et ce niveau varie fortement d’un groupe à l’autre. Une classe qui compte des éco-délégué·es engagé·es n’est pas au même endroit qu’un groupe qui n’a jamais discuté du sujet ailleurs qu’en cours.

Les trois choses à faire comprendre, sans cours magistral

Le mécanisme, en une idée simple

Les activités humaines utilisent de l’énergie. Depuis la révolution industrielle, cette énergie provient en grande partie de la combustion de ressources extraites du sous-sol, charbon, gaz, pétrole. En brûlant, elles émettent des gaz à effet de serre, principalement du dioxyde de carbone et du méthane, dont l’accumulation dans l’atmosphère réchauffe la surface du globe.

Cela suffit. Le détail scientifique, les scénarios et les ordres de grandeur relèvent des ressources du GIEC et de l’ADEME, vers lesquelles il est plus honnête de renvoyer que de les résumer approximativement.

Les conséquences, en partant du vécu

Les animations e-graine travaillent une liste de conséquences : fonte de la banquise, élévation du niveau de la mer, augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes, modification des courants marins, perte de biodiversité, migrations et déplacements liés au climat, recrudescence de certaines maladies, baisse de la ressource en eau potable.

Mais la liste n’est pas la méthode. La méthode consiste à demander d’abord au groupe s’il a déjà observé des effets de ces changements dans son quotidien. Une canicule, un épisode de sécheresse, une inondation, un hiver sans neige. Ensuite seulement, on relie ce vécu aux mécanismes globaux. L’ordre compte, parce qu’il détermine si le sujet appartient au groupe ou à l’animateur.

Les inégalités face au climat

C’est le troisième pilier, et le plus souvent oublié. Le coût du dérèglement ne se répartit pas également. Les populations les plus exposées, par leurs lieux de vie, leurs revenus et leur faible capacité d’adaptation, sont souvent celles qui y ont le moins contribué.

Le dire en atelier change la nature de la discussion. Cela évite le face-à-face entre coupables et innocents, et cela reconnaît la réalité de participants qui n’ont pas les moyens de faire ce qu’on leur demande. C’est le lien direct entre l’éducation au climat et la transition écologique juste.

Une remarque de méthode, enfin. Le climat est un sujet global, donc difficile à saisir. L’entrée par le vivant observable est souvent plus efficace avec des groupes jeunes ou peu familiers du sujet : c’est ce que montre notre page consacrée à la façon d’animer sur la biodiversité, où l’on part de ce qui pousse au pied de l’immeuble avant de parler d’écosystèmes.

Le Tribunal du changement climatique :
faire le procès plutôt que la leçon

Le dispositif porté par e-graine illustre bien ce déplacement. Format : sept ateliers de deux à trois heures, pour adolescents et jeunes adultes.
Le principe tient en une situation. Un groupe de citoyens saisit un tribunal face à la montée des eaux et aux conséquences de la disparition du littoral. À partir d’une revue de presse sélectionnée, chaque participant·e prépare sa plaidoirie en incarnant l’une des parties prenantes : citoyens accusateurs, association de consommateurs, entreprise pollueuse, collectivité, climatosceptique, chercheurs, experts du GIEC. Une immersion qui permet de cerner les enjeux et les motivations de chacun.

La progression pédagogique se déroule ainsi. Une première séance d’initiation aux enjeux climatiques et aux transitions, sous forme ludique et participative, pour mettre tout le monde à niveau. Une séance consacrée à la rhétorique et à l’art de la parole, avec des intervenants professionnels, comédiens d’improvisation, slameurs, écrivains, où l’on travaille l’éloquence entendue comme l’art de maîtriser sa pensée dans l’action. Une séance sur les sources et la pluralité des regards. Puis la distribution des rôles et la recherche d’arguments, l’écriture des plaidoiries, une demi-journée de techniques corporelles et vocales avec des comédiens professionnels, et enfin l’audience elle-même : chaque groupe plaide, un jury délibère, et un débrief collectif clôt le parcours.

Ce que produit ce format mérite d’être explicité, parce que ce n’est pas évident de l’extérieur. En défendant une position qui n’est pas la sienne, on est obligé de comprendre les contraintes de l’autre. L’élève qui doit plaider pour l’entreprise pollueuse découvre les arguments économiques réels, et celui qui incarne la collectivité découvre les arbitrages. On sort du récit simple où il y aurait les méchants d’un côté et les victimes de l’autre.

Et la dernière séquence ne s’arrête pas au verdict. Elle est explicitement consacrée à envisager les actions que l’on peut mener autour de ces questions. Le parcours se termine sur l’engagement, pas sur le jugement.

Travailler l’esprit critique, sans faire d’éducation aux médias

Le Tribunal comporte un temps de travail sur les sources. On y compare le traitement d’une même information par deux articles ou trois reportages, on observe comment l’angle change le récit, on cherche d’où vient un chiffre.

Il faut être précis sur ce que cela est et ce que cela n’est pas. e-graine développe l’esprit critique comme compétence générale : la capacité à ne pas prendre une affirmation pour argent comptant, à chercher la source, à distinguer un fait d’une opinion. Cet esprit critique aide ensuite à mieux comprendre et vérifier l’information, y compris celle qui vient des médias.

L’éducation aux médias et à l’information est un champ à part entière, avec ses structures spécialisées et ses professionnels. Ce n’est pas un axe de travail d’e-graine, et il serait malhonnête de le laisser croire.

Sortir de l’éco-anxiété par l’action collective

Le sujet mérite d’être nommé sans être dramatisé. Chez les jeunes en particulier, l’information climatique produit souvent de l’inquiétude, parfois du retrait ou du cynisme. Un·e animateur·rice qui n’a pas prévu cela se retrouve démuni au milieu de sa séance.

La réponse de l’éducation populaire n’est pas de rassurer artificiellement. Personne n’est dupe, et minimiser abîme la confiance. Elle consiste à travailler le passage d’un sentiment individuel d’impuissance à une capacité d’action collective, ancrée quelque part : une école, un quartier, une commune. Ce qui apaise, ce n’est pas une bonne nouvelle, c’est de faire quelque chose avec d’autres et d’en voir le résultat.

C’est exactement ce que décrit notre page sur le pouvoir d’agir des jeunes. Et cela vaut aussi pour les adultes : l’action collective est le meilleur antidote au sentiment d’inutilité.

Une précision utile pour les équipes éducatives : on ne fait pas passer un groupe du stade de spectateur informé à celui de moteur en un parcours. On part de là où les publics en sont réellement, on accompagne vers l’étape suivante, à leur rythme. Une même personne peut d’ailleurs être très engagée sur un sujet et beaucoup moins sur un autre, et cela évolue tout au long de la vie, dans les deux sens.

Questions fréquentes sur l’éducation au changement climatique

À quel âge peut-on parler de changement climatique aux enfants ?

Dès la primaire, à condition d’entrer par le concret et le sensible plutôt que par les scénarios globaux : l’eau, les saisons, les animaux, ce que l’on observe autour de soi. En maternelle, on pourra proposer des animations d’éveil à la nature. Le format du Tribunal du changement climatique, qui repose sur l’argumentation et le jeu de rôle, s’adresse quant à lui aux adolescents et aux jeunes adultes.

Comment aborder le climat sans provoquer d'éco-anxiété ?

En ne s’arrêtant jamais au constat. Un enjeu se pose toujours avec un levier d’action derrière, et l’action collective compte davantage que la liste de gestes individuels. Il est aussi important de laisser une place à l’expression de l’inquiétude plutôt que de la balayer : un cadre où l’on peut dire qu’on a peur est plus solide qu’un discours rassurant.

Que répondre à un jeune climatosceptique en atelier ?

Ni le contredire frontalement, ni laisser passer. Le format du jeu de rôle est précieux ici : le rôle du climatosceptique existe dans le Tribunal, il est documenté et défendu, ce qui oblige le groupe à construire des arguments plutôt qu’à disqualifier. Le travail sur les sources fait ensuite son office, sans que l’animateur ait à trancher d’autorité.

L'éducation au changement climatique est-elle au programme scolaire ?

Les enjeux climatiques et le développement durable figurent dans les programmes français à plusieurs niveaux, et les établissements peuvent s’engager dans des démarches dédiées. Les textes évoluant régulièrement, mieux vaut se référer aux ressources officielles du ministère de l’Éducation nationale pour connaître le cadre en vigueur.

Aller plus loin

Éduquer au changement climatique, c’est accepter que le savoir ne suffit pas, et travailler ce qui vient après : la compréhension des désaccords, la capacité à argumenter, et l’envie d’agir avec d’autres. C’est le cœur de ce que porte l’éducation populaire dans le champ de la transition écologique. Pour la mécanique d’une séance, voyez comment animer un atelier de sensibilisation à l’écologie ; pour le volet énergie du quotidien, la page consacrée à la sobriété énergétique, juste et désirable ; et pour les déplacements liés au climat, celle sur les migrations environnementales.

Enseignants, animateurs, parents : découvrez les parcours proposés par l’association e-graine de votre région. Établissements, collectivités et fondations : construisons ensemble un parcours climat adapté à vos publics et à votre calendrier.