Sensibiliser à la biodiversité :
animer par l’expérience et la rencontre

« Une plante qui pousse au milieu du béton, c’est de la biodiversité ? »

La question a été posée par un élève de sixième lors d’un atelier e-graine, et c’est un excellent point de départ pour toute animation biodiversité. Parce qu’elle dit exactement où le sujet commence : pas dans un documentaire animalier, mais au pied de l’immeuble.

Ce que recouvre vraiment le mot biodiversité

La biodiversité, contraction de « bio » et de « diversité », désigne la diversité de la vie sur Terre. Elle s’apprécie à trois niveaux : la diversité des écosystèmes, celle des espèces et celle des gènes, dans l’espace et dans le temps, ainsi que les interactions au sein de ces niveaux et entre eux.

La définition officielle, celle de l’article 2 de la Convention sur la diversité biologique adoptée au Sommet de la Terre de Rio en 1992, parle de la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins et aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie.

Il y a dans cette définition un point que l’on retient rarement, et qui change tout en animation : la biodiversité n’est pas la somme des espèces. C’est l’ensemble des interactions entre les êtres vivants, et entre eux et leur environnement. Compter les espèces d’un lieu ne dit pas grand-chose de sa biodiversité.

Cela explique d’ailleurs pourquoi elle est si difficile à mesurer. Il n’existe aucune mesure universelle, et les différentes façons de l’estimer sont sujettes à débat. On utilise des indicateurs, très nombreux, classés selon le niveau de perception et le type de milieu. La richesse spécifique, c’est-à-dire le nombre d’espèces présentes dans un milieu, est l’unité la plus courante, au point que l’on réduit parfois à tort la biodiversité à ce seul facteur.

Pourquoi la sensibilisation à la biodiversité échoue souvent

Trois écueils reviennent et ils se cumulent facilement.

L’écueil du chiffre. Les données d’extinction sont accablantes, et c’est justement le problème : elles sidèrent sans faire comprendre. Un·e participant·e qui apprend qu’une espèce sur huit est menacée n’a rien appris sur les mécanismes en jeu, et il n’a aucune prise sur ce constat.

L’écueil de l’exotisme. Parler d’ours polaire ou de forêt amazonienne à des élèves de Seine-Saint-Denis, c’est éloigner le sujet au lieu de le rapprocher. La biodiversité devient un objet lointain, dont on peut se sentir concerné moralement sans jamais se sentir concerné réellement.

L’écueil de la nature idéalisée. Penser que la biodiversité est ailleurs, à la campagne, dans un parc naturel, alors qu’elle est d’abord dans l’espace vécu. C’est pourquoi déconstruire les idées reçues sur la biodiversité en ville figure explicitement parmi les objectifs des animations e-graine.

Les leviers d’une animation biodiversité qui marche

Partir des représentations

Avant toute définition, le photolangage. Les participants identifient, à partir d’images, ce qui fait partie de la biodiversité et ce qui n’en fait pas partie. Le débat qui suit produit la définition mieux qu’un exposé, parce qu’elle se construit sur les hésitations du groupe.

Dans le parcours mené à Stains, cette séquence a été précédée d’un jeu d’interconnaissance sur les liens que chacun entretient avec les milieux naturels. Un détour apparent, en réalité une information précieuse : selon que l’on a grandi avec un jardin, des vacances à la campagne ou un balcon, on n’entre pas dans le sujet de la même façon.

Faire éprouver l’interdépendance

Vient ensuite un jeu sur l’interdépendance entre les espèces au sein d’un écosystème. On ne dit pas que tout est lié, on le fait sentir en retirant un maillon et en observant ce qui s’effondre.

La séquence se prolonge par la découverte des besoins fondamentaux et des besoins secondaires, ce qui permet aux participants de constater par eux-mêmes le caractère essentiel de la biodiversité dans leur quotidien. Se nourrir, se loger, respirer, se soigner : le chemin est court, encore faut-il le parcourir plutôt que l’annoncer.

Sortir

Le terrain n’est pas une récompense de fin de parcours, c’est le cœur de la démarche. Une sortie transforme un sujet appris en sujet observé, et elle permet des rencontres impossibles en salle.

Restituer à d’autres

Devoir expliquer ce que l’on a compris à un public change le rapport au savoir. On ne révise pas pour un contrôle, on prépare pour quelqu’un. C’est le principe de la restitution, et c’est ce qui produit la fierté que l’on retrouve dans les retours des participants.

Reporters de la biodiversité :
un parcours de six séances au collège

Parmi les différents déploiements du dispositif, le parcours mené au collège Pablo Neruda à Stains, de janvier à juin 2024, illustre la manière dont il peut s’intégrer dans un cadre scolaire. Mis en œuvre auprès d’une classe de sixième de 23 élèves, il a été porté par trois enseignants, en sciences et vie de la Terre, en français et en documentation, favorisant ainsi les liens avec le programme scolaire. Le bilan de cette expérimentation souligne que le parcours a également constitué un espace de coopération pour une classe rencontrant des difficultés d’écoute et de respect mutuel, en permettant aux élèves de travailler ensemble à une œuvre commune.

  • La première séance porte sur la biodiversité et les écosystèmes : jeu d’interconnaissance, photolangage, jeu sur l’interdépendance, besoins fondamentaux et secondaires, puis réflexion collective sur les solutions individuelles et collectives.
  • La deuxième séance porte sur les médias et le journalisme, avec un travail sur l’interprétation des images et sur les étapes de fabrication d’un reportage. Les élèves reçoivent des photos ayant fait la une et tentent d’en deviner le contexte, ce qui ouvre une discussion sur les interprétations possibles d’une même image. C’est un travail d’esprit critique appliqué à un support concret.
  • La troisième séance prépare la sortie. Les élèves choisissent à l’unanimité le format de restitution, une exposition, pour son aspect multimédia. Ils rédigent leurs questions, se répartissent les rôles, photographe, rédacteur, journaliste, et s’entraînent au micro-trottoir sous forme de saynètes.
  • La quatrième séance est la sortie au parc départemental Georges-Valbon. Répartis en quatre groupes, les élèves interviewent des jardiniers paysagistes, un technicien de gestion, des éco-gardes, des employés du centre équestre et des promeneurs qui connaissent le parc depuis plus de vingt ans. Les photographes observent et documentent les espèces animales et végétales.
  • La cinquième séance est consacrée au tri et au montage : visionnage de toutes les interviews, sélection, rédaction de légendes et de présentations des espèces d’oiseaux croisées.
  • La sixième séance est la restitution. Les élèves ajoutent une banderole, des dessins des espèces végétales observées, des textes racontant leur expérience. L’exposition est installée au CDI et visitée par d’autres classes, des enseignants et des membres de la direction.

Ce que le parcours a produit apparaît dans les verbatims recueillis. Sur la découverte : « Je ne savais pas que le verre et le plastique étaient fait avec des choses naturelles. » Sur l’appréhension de la sortie : « C’est un peu impressionnant comme exercice d’aller parler à des inconnus, ça me rassure qu’on soit en groupe. » Sur la restitution : « J’étais vraiment fière de présenter notre travail aux autres. »

L’équipe pédagogique relève aussi des limites, et il serait malhonnête de les taire. Le parcours s’est beaucoup étalé sur l’année, ce qui a parfois fait perdre aux élèves le sens du projet, la recherche de créneaux communs entre enseignants et intervenants étant difficile. Des problèmes techniques avec le matériel informatique du collège ont contraint à modifier le format de restitution choisi. Et les enseignantes ont estimé qu’une séance supplémentaire aurait été nécessaire pour approfondir le travail de rédaction.

Ces enseignements valent conseil pour qui souhaite monter un parcours équivalent : resserrer le calendrier, vérifier le matériel en amont, prévoir du temps pour l’écriture.

Sensibiliser tous les publics, pas seulement les scolaires

La biodiversité n’est pas un sujet scolaire. e-graine porte notamment un projet intitulé « Cultivons l’envie d’agir pour la biodiversité », qui vise à sensibiliser des publics dits empêchés à la sauvegarde de la biodiversité sur les territoires de France métropolitaine.

La logique est cohérente avec l’ensemble de notre démarche : les publics les plus éloignés de ces sujets vivent souvent dans les environnements les moins végétalisés, et ce sont eux qui bénéficieraient le plus d’un accès à la nature en ville. Les tenir à l’écart de la question, c’est doubler l’inégalité.

C’est aussi par ce chemin que la biodiversité rejoint des sujets plus quotidiens. Les déchets abandonnés dans la nature sont un danger direct pour la faune, et travailler la question dans un lieu de vie fait souvent le lien entre les deux : voir notre page sur la façon de réduire ses déchets au quotidien. Quant au cadre théorique de ces démarches, il est détaillé sur notre page consacrée à l’éducation à l’environnement et au développement durable.

Questions fréquentes sur les métiers de la transition écologique

Comment expliquer la biodiversité à des enfants ?

En partant de ce qu’ils ont sous les yeux plutôt que d’une définition. Un photolangage permet de faire émerger ce qu’ils considèrent comme vivant ou non, et un jeu sur l’interdépendance leur fait éprouver que les espèces dépendent les unes des autres. La définition se construit ensuite, à partir de leurs propres hésitations.

Y a-t-il de la biodiversité en ville ?

Oui, et c’est même l’un des objectifs explicites des animations e-graine que de déconstruire l’idée inverse. Parcs, friches, murs, jardins, toitures, cours d’eau : les milieux urbains abritent une diversité d’espèces et d’interactions que l’on ne voit pas parce qu’on ne la cherche pas. Une sortie dans un parc suffit souvent à changer le regard.

Combien de séances faut-il pour un parcours biodiversité en classe ?

Le parcours mené à Stains comptait six séances de deux à trois heures, étalées de janvier à juin. L’équipe a estimé qu’une séance supplémentaire aurait été utile pour le travail de rédaction. Un format plus resserré dans le temps est généralement préférable, pour que les élèves ne perdent pas le fil du projet entre deux séances.

Quelle différence entre biodiversité et nature ?

La nature est une notion large, culturellement chargée, souvent associée à ce qui serait extérieur à l’humain. La biodiversité est une notion scientifique plus précise : elle désigne la diversité du vivant à trois niveaux, gènes, espèces et écosystèmes, et surtout les interactions entre eux. L’humain en fait partie, y compris dans les milieux qu’il a transformés.

Aller plus loin

Sensibiliser à la biodiversité, ce n’est pas transmettre un inventaire, c’est apprendre à regarder autrement un lieu que l’on croyait connaître. C’est ce que porte l’éducation populaire dans le champ de la transition écologique. Pour la mécanique générale d’une séance, voyez comment animer un atelier de sensibilisation à l’écologie ; pour un sujet connexe, la page consacrée à l’éducation au changement climatique ; et pour l’articulation entre projets et temps scolaire, celle sur l’éducation populaire à l’école et hors les murs.

Établissements, collectivités et gestionnaires d’espaces naturels : construisons ensemble un parcours biodiversité adapté à votre territoire.