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Qu’est-ce que l’éducation populaire ?

L’éducation populaire est une démarche qui reconnaît à chacun, à tout âge, la capacité de comprendre le monde et d’agir sur lui. Elle ne se confond ni avec l’école, ni avec l’animation de loisirs, ni avec la vulgarisation. Sa particularité tient à un renversement : plutôt que d’apporter un savoir tout fait à des personnes supposées en manquer, elle part de ce qu’elles vivent déjà, met ce vécu en commun, le confronte à d’autres savoirs, et cherche ce que l’on peut en faire ensemble. C’est cette démarche qui anime e-graine, mouvement d’éducation populaire à la citoyenneté mondiale né en 2006. Cette page en donne la définition, l’histoire et les principes, puis ouvre sur les six champs dans lesquels nous la mettons en pratique.

L’éducation populaire, une définition

Commençons par une honnêteté utile : il n’existe pas de définition officielle et unique de l’éducation populaire. Le champ est traversé de courants qui ne s’accordent ni sur ses origines, ni sur sa finalité. Cette pluralité n’est pas une faiblesse, elle dit quelque chose de la vitalité du sujet.

La définition de travail que nous retenons chez e-graine tient en une phrase : l’éducation populaire « reconnaît à chacun·ne la volonté et la capacité de progresser et de se développer, à tous les âges de la vie ». Tout part de là. Si l’on admet cette capacité, alors le rôle de l’éducateur change de nature : il ne s’agit plus de combler un manque, mais de créer les conditions dans lesquelles cette capacité peut s’exercer.

Il est souvent plus clair de dire ce que l’éducation populaire n’est pas. Ce n’est pas éduquer le peuple, formule qui suppose une conscience à apporter de l’extérieur à des personnes qui en seraient dépourvues. Ce n’est pas non plus la seule diffusion de savoirs savants vers un public, même si transmettre des connaissances peut en être un moyen. Et ce n’est pas une activité d’un après-midi : c’est une démarche qui prend du temps, parce que la confiance et le collectif ne se décrètent pas.

Le pédagogue brésilien Paulo Freire en a donné la formule la plus ramassée : « Personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les Hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. » Deux traditions cohabitent depuis longtemps derrière ce mot. L’une, héritée des Lumières, met l’accent sur l’accès de tous aux connaissances. L’autre, issue du mouvement ouvrier, insiste sur la production collective de savoirs par celles et ceux qui vivent une situation, en vue de la transformer. Chez e-graine, nous ne choisissons pas entre les deux : nous donnons accès à des informations plurielles, issues de sources diversifiées, et nous créons des espaces où ces informations se croisent avec l’expérience des participants pour construire quelque chose de nouveau.

Une histoire française, des Lumières à aujourd’hui

L’idée remonte au dix-huitième siècle. En 1792, Condorcet remet à l’Assemblée législative son Rapport sur l’instruction publique, où il défend une éducation qui permette à chacun d’obéir à sa propre raison plutôt qu’à une opinion reçue. La Révolution n’ira pas jusque-là, mais l’idée fait son chemin.

Le dix-neuvième siècle voit naître trois courants qui, chacun à leur manière, pratiquent une forme d’éducation populaire. Un courant laïque et républicain, qui veut instruire les adultes pour consolider la République, et dont la Ligue de l’enseignement, fondée en 1866 par Jean Macé, reste la figure la plus connue. Un courant chrétien social, structuré autour de la lutte contre la misère. Et un courant ouvrier et révolutionnaire, qui investit les Bourses du travail et y installe bibliothèques, cours du soir et entraide, avec l’idée que comprendre sa situation est la première étape pour en sortir.

Le vingtième siècle apporte la reconnaissance publique, et avec elle une ambiguïté durable. L’ordonnance du 2 octobre 1943 crée l’agrément « Jeunesse et éducation populaire », qui ouvre l’accès aux subventions. Après la Libération, des militants issus de la Résistance plaident pour une véritable pédagogie de la démocratie, capable de prévenir les tentations autoritaires. L’ambition s’étiole progressivement : rattachée à la Jeunesse et aux Sports, l’éducation populaire glisse vers l’animation socioculturelle et se professionnalise, parfois au prix de sa portée politique.

Depuis une vingtaine d’années, le terme connaît un net regain. On le retrouve dans les centres sociaux, les tiers-lieux, les collectifs d’habitants, les mouvements associatifs, les démarches de concertation. Cette histoire laisse un héritage utile à connaître : l’éducation populaire vit une tension permanente entre la reconnaissance institutionnelle, qui lui donne des moyens, et sa visée émancipatrice, qui suppose de garder la main sur ce qu’elle fait. C’est une question que chaque structure du secteur, e-graine comprise, se pose régulièrement.

Les principes d’une démarche d’éducation populaire

Au-delà des courants, quelques principes traversent toutes les pratiques qui se réclament de l’éducation populaire. Ils ne dépendent ni du thème abordé, ni de l’âge du public.

Partir de là où en sont les personnes

Une démarche d’éducation populaire ne commence pas par un contenu, elle commence par les représentations, les envies et le contexte de celles et ceux qui sont là. C’est une question de respect, et c’est aussi une question d’efficacité : un message qui ne rencontre pas l’expérience de la personne ne produit rien. Concrètement, cela veut dire consacrer du temps, en début de parcours, à faire émerger ce que chacun pense déjà du sujet, y compris ce qui dérange.

Construire les savoirs ensemble plutôt que les transmettre

Le savoir n’est pas seulement dans les livres et chez les spécialistes : il est aussi dans l’expérience des personnes. L’éducation populaire organise la rencontre entre ces deux sources. Elle donne accès à des informations fiables et plurielles, indispensables pour alimenter l’esprit critique et saisir des enjeux complexes, et elle crée des espaces où ces informations se discutent, se contestent et s’articulent au vécu. L’esprit critique ainsi travaillé ne sert pas qu’en atelier : il aide ensuite à décrypter et à vérifier l’information que l’on reçoit au quotidien.

Faire vivre l’expérience avant le discours

On retient peu de ce que l’on nous dit, davantage de ce que l’on éprouve. D’où le recours à la pédagogie active et participative : le jeu, la mise en situation, le débat mouvant, l’enquête de terrain, la coopération. Le jeu, en particulier, autorise à tester, à se tromper et à recommencer, ce qui est exactement ce dont on a besoin pour apprendre à son rythme et se décentrer.

Créer un cadre où chacun a sa place

C’est le point le plus souvent négligé. Avant de faciliter quoi que ce soit, l’animateur ou l’animatrice crée un cadre sécurisant, un espace qui ne reproduit pas les rapports de domination présents dans la société. Dans ce cadre, la parole, le silence, le doute et la maladresse sont légitimes, et l’erreur devient une étape de l’apprentissage plutôt qu’une faute. C’est depuis ce cadre, et seulement depuis lui, que l’animateur peut tisser des liens, questionner, faciliter et accompagner sans jamais faire à la place. Son rôle n’est pas de délivrer la bonne réponse, mais de proposer de vivre autre chose et de décaler le regard.

Viser le pouvoir d’agir, jusqu’à l’échelle du territoire

Une démarche d’éducation populaire ne s’arrête jamais au constat. Elle cherche ce que l’on peut faire, à son échelle, avec d’autres. Ce mouvement va de l’individu au collectif, puis du collectif au territoire : agir, c’est peser sur son quotidien, son école, son quartier, sa commune, en lien avec les habitants et les acteurs locaux. Une personne accompagnée devient ainsi, progressivement, un acteur de coopération sur son territoire. C’est le sens de notre signature : transformer l’envie d’agir en pouvoir d’agir.

L’éducation populaire selon e-graine

e-graine est un mouvement associatif né en 2006, composé de bénévoles et de professionnels réunis au sein d’associations en région et d’une union nationale. Nous nous définissons comme un mouvement d’éducation populaire à la citoyenneté mondiale, et cette double appartenance mérite d’être expliquée.

L’éducation à la citoyenneté mondiale est un référentiel éducatif défini par l’UNESCO, qui vise à « mettre à la disposition des apprenants de tous âges les moyens d’assumer un rôle actif tant au niveau local que mondial dans la construction de sociétés plus pacifiques, tolérantes, inclusives et sûres ». Elle part du constat que nous vivons dans un monde interconnecté, où l’écologie, les inégalités, les migrations et l’économie se répondent. Ses méthodes, elles, trouvent leurs fondements dans l’éducation populaire. Dit autrement : l’éducation populaire est notre façon de faire, la citoyenneté mondiale est ce vers quoi nous cheminons.

Notre finalité tient en une expression : savoir agir en citoyen du monde. Ce savoir agir se construit à la croisée des savoirs, qui permettent de questionner son rapport au monde, des savoir-faire, qui donnent des pratiques et des compétences, et des savoir-être, qui touchent aux valeurs et à la relation aux autres. Ces trois dimensions rejoignent largement ce que l’Organisation mondiale de la santé nomme les compétences psychosociales : prendre une décision, résoudre un problème, exercer sa pensée critique, communiquer, avoir de l’empathie, gérer ses émotions. Elles sont au cœur de notre ingénierie pédagogique.

Un cycle de l’engagement dynamique, pas un parcours obligé

Nous nous appuyons sur la modélisation du cycle de l’engagement citoyen, qui décrit différents rapports possibles à un sujet, du non-concerné au moteur. Ce n’est pas un escalier à gravir. Une même personne se situe à des endroits différents selon les thèmes, et évolue dans les deux sens tout au long de sa vie : on peut être moteur sur l’écologie et, quelques années plus tard, simplement sensible sur un autre sujet. Notre point de départ est donc toujours l’endroit où en sont réellement les personnes que nous accompagnons, parfois pas encore informées, parfois déjà mobilisées. Nous accompagnons vers l’étape suivante, à leur rythme, sans viser à tout prix le stade de moteur.

Cinq étapes dans chacune de nos actions

Nos actions éducatives suivent un même processus. Lever les représentations, d’abord, pour que chacun prenne conscience de ce qu’il pense déjà et le partage. Sensibiliser ensuite, en posant des constats et en faisant apparaître leurs enjeux, du local au global. Inciter à réfléchir à nos actions quotidiennes, dans un espace où l’on peut interroger ses propres habitudes et découvrir les alternatives qui existent déjà. Accompagner à l’agir, en expérimentant concrètement, individuellement et collectivement. Évaluer et faire le bilan, enfin, pour mesurer ce qui a bougé et mettre des mots sur ce qui a été vécu.

En complémentarité de l’École

L’éducation populaire ne s’oppose pas à l’enseignement scolaire, elle le complète. Là où l’École transmet des savoirs disciplinaires, nous aidons à les relier au réel, à se forger une opinion et à passer à l’action. Nos dispositifs s’appuient sur les référentiels et les programmes de l’Éducation nationale, et nous intervenons avec les équipes éducatives, notamment auprès des éco-délégués ou dans les démarches de labellisation des établissements.

Les champs d’action de l’éducation populaire avec e-graine

Nos actions s’inscrivent dans quatre objectifs de transformation sociale, qui correspondent aux grandes transitions auxquelles nous voulons contribuer :

  • Une transition écologique plus juste
  • Une économie plus vertueuse
  • Une démocratie plus participative
  • Des sociétés plus inclusives

Chacun fait l’objet d’un dossier complet. En plus de ces objectifs, nous vous proposons un dossier sur la jeunesse qui est l’un des publics principaux de nos actions et un autre sur la consommation responsable, l’une des sous-thématiques phares de la transition écologique juste.

Transition écologique

Comment faire de la transition un projet partagé plutôt qu’une contrainte subie, et pourquoi l’information seule ne suffit pas à changer les pratiques. Ateliers, parcours et projets de territoire, du changement climatique à la sobriété énergétique. Découvrez notre approche de l’éducation populaire et de la transition écologique.

Jeunesse

Accompagner les jeunes à comprendre le monde, à exercer leur esprit critique et à agir sur leur environnement, en classe comme hors les murs. C’est le champ historique de notre projet éducatif. Découvrez notre travail en matière d’éducation populaire et de jeunesse.

Migrations et sociétés inclusives

Sortir du débat appauvri sur les migrations pour ouvrir des espaces où l’on peut comprendre, questionner et dialoguer. Ateliers interculturels, déconstruction des idées reçues, lutte contre les discriminations. Découvrez notre démarche d’éducation aux migrations.

Démocratie participative

Redonner aux habitants prise sur les décisions qui les concernent, et outiller les collectivités qui veulent faire participer sans se contenter d’une consultation de façade. Découvrez notre approche de l’éducation populaire et de la démocratie participative.

Économie sociale et solidaire

Faire connaître une économie du bien commun qui existe déjà autour de chez nous, et donner envie d’y prendre part comme bénévole, salarié ou entrepreneur. Découvrez le lien entre éducation populaire et économie sociale et solidaire.

Consommation responsable

Comprendre ensemble ce que l’on achète, ce que cela met en jeu et ce que l’on peut changer, sans culpabiliser personne. Alimentation, gaspillage, textile, numérique. Découvrez notre approche de l‘éducation populaire et de la consommation responsable.

L’éducation populaire, sur le terrain

Ces principes ne valent que par ce qu’ils produisent. Dans des collèges de Gironde, avec le parcours « Billet Courant Vert », des élèves passent de la sensibilisation à l’organisation de leurs propres événements éco-responsables, ouverts sur leur commune. Avec « Citoyen·nes du Monde », mené avec l’association MEJLESS, un groupe de jeunes d’un quartier prioritaire prépare un projet solidaire jusqu’à animer lui-même un atelier public. Avec « Cultivons la participation citoyenne », des habitants et des acteurs locaux apprennent à travailler ensemble sur les sujets de leur territoire. Avec « Vert l’emploi » en Île-de-France, ou « Mon quartier circulaire », ce sont des habitants, des collectivités, des associations et des entreprises qui se retrouvent autour d’une problématique commune, sur la durée. Des publics différents, des sujets différents, une même mécanique.

Questions fréquentes sur l’éducation populaire

Quelle est la définition de l'éducation populaire ?

L’éducation populaire est une démarche émancipatrice qui reconnaît à chacun la volonté et la capacité de progresser et de se développer, à tous les âges de la vie. Elle privilégie l’expérience, le débat et la construction collective des savoirs plutôt que la transmission descendante. Sa visée est le pouvoir d’agir, individuel et collectif. Il n’en existe pas de définition officielle unique : plusieurs courants coexistent depuis le dix-neuvième siècle.

Quelle différence entre éducation populaire et Éducation nationale ?

Les deux sont complémentaires, pas concurrentes. L’École transmet des savoirs disciplinaires dans un cadre scolaire et évaluatif. L’éducation populaire intervient à tout âge, sans note ni programme, et travaille surtout la mise en relation de ces savoirs avec le vécu, la formation de l’opinion et le passage à l’action. e-graine intervient d’ailleurs en milieu scolaire, en appui des équipes éducatives.

L'éducation populaire, est-ce réservé aux jeunes ?

Non. L’association du terme à la jeunesse vient de l’histoire administrative française, l’agrément « Jeunesse et éducation populaire » ayant longtemps rattaché le secteur au ministère de la Jeunesse. Dans les faits, l’éducation populaire s’adresse à tous les âges de la vie : habitants d’un quartier, salariés, bénévoles, personnes âgées, familles, élus.

Qui peut faire de l'éducation populaire ?

Une association, un centre social, un collectif d’habitants, un syndicat, un tiers-lieu, une équipe de travailleurs sociaux : l’éducation populaire n’est pas la propriété d’un label. Ce qui la caractérise, c’est la démarche, pas le statut. Cela s’apprend cependant, notamment la posture d’animation, et c’est l’un des objets de nos formations.

Faire vivre l’éducation populaire avec e-graine

L’éducation populaire ne se raconte pas, elle se pratique. Si vous êtes curieux du sujet, la meilleure porte d’entrée reste de participer à une action près de chez vous, de rejoindre l’une de nos associations comme bénévole, ou de vous former à ses méthodes. Si vous êtes une collectivité, un établissement, une fondation ou un bailleur, nos équipes en région construisent avec vous des démarches adaptées à votre territoire et à vos publics, de l’atelier ponctuel au projet de coopération sur plusieurs années. Dans les deux cas, la question de départ est la même : qu’est-ce que nous avons envie de changer, et par quoi commençons-nous ?